A La Mecque, des musulmanes font le hajj sans homme à leur côté

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Bushra Shah et son mari avant le départ de la pèlerine à La Mecque pour le hajj, à Jeddah en Arabie saoudite le 16 juillet 2021
Bushra Shah et son mari avant le départ de la pèlerine à La Mecque pour le hajj, à Jeddah en Arabie saoudite le 16 juillet 2021
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© AFP, Fayez Nureldine

publié le mardi 20 juillet 2021 à 09h10

Bushra Shah réalise enfin son "rêve d'enfance": faire le grand pèlerinage musulman à La Mecque, à la faveur de la récente décision des autorités saoudiennes d'autoriser les femmes à effectuer sans accompagnateur masculin ce rituel essentiel de l'islam.

Le ministère du Hajj a officiellement autorisé cette année les femmes, sans distinction d'âge, à faire le grand pèlerinage sans "tuteur" ou "gardien", c'est-à-dire un membre masculin de la famille proche, à condition qu'elles s'y rendent en groupe.

"C'est comme un rêve devenu réalité. Mon rêve d'enfant était de faire le hajj", confie Bushra Shah à l'AFP en faisant sa valise dans sa maison à Jeddah, grande ville portuaire de l'ouest saoudien située près de La Mecque. 

Pour cette mère de famille pakistanaise, faire le pèlerinage avec son mari et son enfant aurait été une distraction qui l'aurait empêchée de "se concentrer complètement sur les rites". 

Vêtue d'une robe blanche couvrant tout son corps à l'exception du visage, Bushra Shah, 35 ans, fait partie des 60.000 personnes résidant en Arabie saoudite sélectionnées pour participer à un hajj réduit pour la deuxième année consécutive en raison du Covid-19.

"Beaucoup de femmes viendront aussi avec moi. Je suis très fière que nous soyons désormais indépendantes et que nous n'ayons pas besoin de gardien", se réjouit-elle avant d'embrasser son fils et saluer son mari.

- "Seule option" -

Son mari, Ali Murtada, assure l'avoir "fortement encouragée" à faire le voyage seule, après la décision du gouvernement d'interdire les enfants de participer au hajj cette année. Lui restera à Jeddah.

"Nous avons décidé que l'un de nous devait y aller. Elle sera peut-être enceinte l'année prochaine ou peut-être que les enfants ne seront toujours pas autorisés à y participer", explique ce Pakistanais de 38 ans.

Les autorités exigeaient auparavant la présence d'un compagnon masculin pour toute femme âgée de moins de 45 ans, empêchant des milliers de musulmanes à travers le monde de faire le pèlerinage, un des cinq piliers de l'islam que tout fidèle doit accomplir s'il en a les capacités physiques et financières.

"Le hajj sans tuteur est un miracle", lance à l'AFP Marwa Shaker, une Egyptienne de 42 ans vivant à Ryad.

A La Mecque avec trois de ses amies, cette mère de trois enfants et employée d'une organisation internationale a tenté à plusieurs reprises d'effectuer le pèlerinage avant la pandémie, mais n'a pas pu car son mari ne pouvait l'accompagner.

"Je ressens une joie, un bonheur immenses. Dieu m'a appelée malgré tous les obstacles", dit-elle.

Pour Sadaf Ghafoor, mère au foyer anglo-pakistanaise de trois enfants, voyager sans gardien masculin était la "seule option". 

"Nous ne pouvions pas laisser les enfants seuls", explique à l'AFP cette ancienne médecin de 40 ans, partie à La Mecque avec une voisine.

"Ce n'était pas une décision facile à prendre mais nous avons saisi cette chance comme un cadeau du Ciel", dit-elle tandis que son mari restera à la maison.

Malgré la nouvelle règlementation, dont la date d'entrée en vigueur n'est pas claire, certaines agences de voyages sont toujours réticentes à accepter les femmes voyageant sans homme, a pu constater une journaliste de l'AFP.

Depuis l'ascension du prince héritier et leader de facto du royaume Mohammed ben Salmane, des réformes sociales ont été prises en Arabie saoudite, notamment concernant les droits des femmes, pour améliorer l'image du pays ultraconservateur à l'international.

Les femmes ont ainsi été autorisées à conduire ou à voyager sans tuteur masculin.

Mais cette ouverture s'est accompagnée d'un verrouillage politique implacable contre les critiques de son pouvoir, et de nombreuses militantes des droits des femmes sont détenues ou dans le collimateur de la justice.

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