A Kerbala, l'Arbaïn sous le signe du deuil... ancien comme récent

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Rassemblement de pèlerins pour les rites de l'Arbaïn dans la ville sainte irakienne de Kerbala, marquant le 40e jour de deuil pour le martyre de l'imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet et figure fondatrice de l'islam chiite, le 7 octobre 2020
Rassemblement de pèlerins pour les rites de l'Arbaïn dans la ville sainte irakienne de Kerbala, marquant le 40e jour de deuil pour le martyre de l'imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet et figure fondatrice de l'islam ...
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© AFP, Mohammed SAWAF

, publié le jeudi 08 octobre 2020 à 16h53

Entre mausolées dorés et foule en noir, leurs immenses portraits se dressent: à l'occasion du pèlerinage de l'Arbaïn dans la ville sainte irakienne de Kerbala, les fidèles pleurent aussi la mort du général iranien Qassem Soleimani et de son lieutenant irakien Abou Mehdi al-Mouhandis.

L'Arbaïn, l'un des plus grands rassemblements religieux au monde, marque le 40e jour de deuil pour le martyre de l'imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet et figure fondatrice de l'islam chiite.

Il a réuni cette année encore 14,5 millions de pèlerins d'Irak, mais aussi de huit autres pays dont l'Iran, le Liban et des pays du Golfe, les autorités chiites recensant 10.000 "maoukeb".

Mais, après la mort de Soleimani et Mouhandis, l'Arbaïn prend cette année un sens nouveau, affirme à l'AFP Haoura al-Mayahi, en charge d'un "maoukeb" de femmes, procession accompagnée de tentes, avec gîte et couvert gratuit pour les pèlerins de passage. 

Aux premiers jours de 2020, Washington a assassiné à Bagdad les deux grands artisans de la stratégie iranienne en Irak: "Hajj Qassem" et "Abou Mehdi", comme les appellent les pèlerins.

- "Rien ne va" -

"Ce pèlerinage a un sens spirituel particulier parce qu'ils ne sont plus là et que nous avons subi une lourde perte", affirme Haoura al-Mayahi, dont seuls les yeux dépassent de son long voile noir.

"Depuis qu'ils sont partis, rien ne va", poursuit-elle.

Car depuis janvier, le torchon n'a cessé de brûler entre Téhéran et Washington.

L'Iran et les Etats-Unis, qui se disputent l'influence en Irak, s'y sont retrouvés plus d'une fois au bord de l'affrontement ouvert.

Washington a menacé en septembre de fermer son ambassade si les tirs de roquettes contre les intérêts américains, attribués aux factions irakiennes pro-Iran, ne cessent pas. 

Mercredi, un incident est venu perturber l'Arbaïn, menaçant d'exacerber des tensions déjà vives en Irak.

Une procession de manifestants brandissant des portraits des "martyrs" de la "révolution d'octobre" n'a pas été autorisée à entrer au mausolée de l'imam Hussein. 

Ce cortège de manifestants du mouvement de contestation déclenché en octobre 2019 ne s'était pas enregistré auprès des autorités des lieux saints comme un "maoukeb" et scandait des slogans anti-Iran.

Il a été dispersé par les forces de sécurité sous d'immenses portraits des "martyrs", Qassem Soleimani et Abou Mehdi al-Mouhandis, accusés d'avoir soutenu la répression de la révolte.

Près de 600 manifestants ont été tués l'an dernier dans la répression sanglante de cette révolte populaire inédite lancée il y a un an contre le pouvoir en place à Bagdad et l'influence de Téhéran en Irak.

- "Victoire" et "hommage" -

A Kerbala, Faqar Mohammed est venu en pèlerinage comme tous les ans, malgré les appels des autorités --gouvernementales et religieuses-- à éviter les rassemblements alors que déjà près de 400.000 Irakiens ont été infectés et quelque 10.000 tués par le nouveau coronavirus. 

Les étrangers, eux, n'ont eu droit pour l'Arbaïn cette année qu'à un contingent de 1.500 pèlerins par pays, loin des quatre millions de pèlerins venus d'ailleurs l'an dernier. 

Malgré la maladie Covid-19, le nombre de pèlerins irakiens est donc largement en hausse cette année.

"On a mis les portraits de Qassem Soleimani et d'Abou Mehdi al-Mouhandis partout, sous notre tente mais aussi partout ailleurs, parce que nous sommes fiers d'eux, ce sont les martyrs de la victoire", se félicite M. Mohammed.

Car pour beaucoup à Kerbala, Abou Mehdi al-Mouhandis, chef de facto du Hachd al-Chaabi --coalition d'anciens paramilitaires pro-Iran désormais intégrés à l'Etat-- est le grand artisan, sous la houlette du général Soleimani, de la victoire contre le groupe Etat islamique (EI).

Un repoussoir jihadiste qui résonne particulièrement à Kerbala, coeur battant du sud chiite, où les attaques jihadistes contre des rassemblements chiites ont fait des milliers de morts.

"Nos chefs martyrs ne sont plus là, comme de nombreux combattants", affirme à l'AFP le cheikh Majed al-Kaabi, membre du clergé chiite.

Mais "en mettant en avant leurs portraits et leurs slogans, nous leur rendons hommage", assure l'homme à l'imposant turban blanc.

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