A Hong Kong, la violence des radicaux n'entame pas l'unité du mouvement

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Des manifestants dressent une barricade dans le quartier de Kowloon à Hong Kong le 13 octobre 2019
Des manifestants dressent une barricade dans le quartier de Kowloon à Hong Kong le 13 octobre 2019
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© AFP, Mohd RASFAN

AFP, publié le lundi 14 octobre 2019 à 09h57

La frange radicale des manifestants multiplie à Hong Kong les dégradations contre les entreprises accusées de soutenir le gouvernement pro-Pékin. Cette escalade dans la violence, qui vise aussi parfois des individus, n'a pas pour autant entamé l'unité du mouvement.

Voilà plus de quatre mois que l'ex-colonie britannique vit sa pire crise politique depuis sa rétrocession en 1997. Et ces deux dernières semaines ont de loin été les plus violentes.

L'exécutif local, sa police et les relais du gouvernement central chinois aimantent depuis juin la colère des manifestants pro-démocratie. Mais, depuis que les autorités ont interdit le 4 octobre le port du masque aux manifestants, les plus radicaux sont montés d'un cran dans les actes de vandalisme ciblés contre certaines entreprises privées.

Au point que les commerces de la mégapole sont désormais répertoriés avec un code couleur.

Le jaune -- une des couleurs du mouvement -- désigne les échoppes qui soutiennent la mobilisation avec des ristournes pour les étudiants engagés ou en distribuant de l'eau les jours de manifestation.

Le bleu est utilisé pour les magasins et restaurants hostiles qu'il faut boycotter. Les commerces "rouges" sont ceux qui ont des capitaux chinois et dont il faut maculer les façades de tags et autocollants expliquant la lutte.

- "C'est la guerre" -

Le noir, enfin, est réservé aux sociétés accusées d'être liées aux Triades ou d'apporter un soutien actif au gouvernement, et pour lesquelles on ne fait pas de quartier.

C'est le cas par exemple de MTR, l'opérateur du métro honni car accusé de transporter les renforts de la police et de fermer certaines stations pendant les manifestations.

Plus de 2.400 tourniquets et distributeurs de tickets ont été mis hors d'usage, de même que 900 caméras dans 83 de ses 94 stations. Un déferlement de violence tel que le 5 octobre aucun métro n'a circulé, paralysant la ville.

"Quelque part, je suis pénalisé car je dépends du métro pour aller au travail", confie Andrew, un habitant de 37 ans sous couvert de l'anonymat, devant le saccage de sa station de Tseung Kwan O. "Mais je comprends complètement la colère de la jeunesse".

Alors que les premiers mois de la mobilisation avaient vu des foules manifester pacifiquement, ces dernières semaines donnent un spectacle tout autre, avec même des agressions physiques de partisans de Pékin.

"Bien sûr, cela ne donne pas une bonne image dans les reportages qui passent sur la BBC ou Channel 4", ajoute Nathalie, une employée de 32 ans qui vit entre Londres et Hong Kong. "Mais c'est la guerre, la révolution de notre temps. Nous sommes passés à un autre niveau".

- "Au bord du gouffre" -

"La situation est très dangereuse. Nous sommes au bord du gouffre", poursuit-elle. "Mais à quoi bon descendre à deux millions dans les rues si on ne nous écoute pas?"

C'est le fond du problème, selon le politologue Dixon Sing: ni Pékin ni l'exécutif hongkongais n'ont donné aux manifestants de raisons de reculer. 

Au contraire, les forces de l'ordre ont musclé leur réponse. Elles qui avaient tiré un millier de grenades lacrymogènes en juin et juillet en ont lancé 2.000 en une seule semaine début octobre. Près de 2.400 personnes ont été arrêtées en quatre mois.

"La majorité des Hongkongais continue de penser que la responsabilité principale réside dans la collusion entre Pékin, le gouvernement hongkongais et la police", explique M. Sing.

"L'augmentation de la violence policière est un des principaux facteurs du soutien encore très large dont bénéficient les manifestants, y compris les radicaux qui sont de plus en plus violents".

- Infiltré tabassé -

Signe de la défiance à l'égard des forces de l'ordre, des manifestants ont passé à tabac dimanche soir à Tseung Kwan O, un homme accusé d'être un policier infiltré.

Et la demande d'une enquête indépendante sur l'action de la police est une des principales revendications du mouvement.

Faute de chef désigné, celui-ci s'organise essentiellement en ligne, où le débat sur l'opportunité du recours à la violence fait rage.

"Le vandalisme donnera des arguments à l'opposition et va nous priver du soutien de la communauté internationale", met ainsi en garde un internaute dans un commentaire qui a reçu plus de 9.000 avis favorables.

Cet examen de conscience n'entraîne cependant pas de remise en cause stratégique fondamentale, car beaucoup de modérés sont convaincus que sans les radicaux, surnommés les "braves" au sein du mouvement, jamais le gouvernement n'aurait reculé en septembre sur le projet de loi sur les extraditions qui avait mis le feu aux poudres trois mois plus tôt.

"Même si nous ne soutenons pas totalement ce qu'ils font, nous essayons au moins de faire preuve de compassion et de compréhension", plaide la députée pro-démocratie Claudia Mo, qui défend la non-violence.

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