A Hong Kong, des militants prennent leur plume pour soutenir leurs camarades détenus

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22-year-old Hei writes letters to fellow pro-democracy activists who were jailed for taking part in last year's protests in Hong Kong
22-year-old Hei writes letters to fellow pro-democracy activists who were jailed for taking part in last year's protests in Hong Kong
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© AFP, Anthony WALLACE

, publié le mardi 01 décembre 2020 à 08h46

Depuis le jour où des militants ont été emprisonnés pour avoir participé aux manifestations pro-démocratie l'an passé à Hong Kong, Hei écrit régulièrement à une soixantaine de détenus pour les soutenir.

Des milliers de personnes ont été arrêtées et placées en détention pour des infractions commises lors des manifestations monstres et souvent violentes pour dénoncer l'influence de la Chine sur la région semi-autonome.

L'accès des détenus aux informations étant strictement contrôlé par le système carcéral, Hei s'est promis de les tenir au courant du mouvement pro-démocratie. 

"C'est une relation entre compagnons d'armes et on se fait une confiance mutuelle", explique à l'AFP la jeune militante de 22 ans qui n'a donné que son prénom afin de préserver son anonymat. 

"Nous partageons la même douleur. J'espère que ces lettres peuvent renforcer la confiance que les gens ont dans le mouvement".

A ces longues missives, souvent très personnelles, elle joint une revue de presse réalisée à partir de résumés des titres des journaux, de messages sur les réseaux sociaux et de mèmes politiques trouvés sur les forums en ligne prisés des manifestants.

Régulièrement, elle rend visite à ces détenus, leur apportant des livres, des friandises et des produits de première nécessité. Son dévouement lui a valu d'être décrite par ses amis comme "à moitié emprisonnée".

Sur les plus de 10.000 personnes arrêtées depuis le début des manifestation en juin 2019, plus de 2.300 font l'objet de poursuites, selon les autorités. 

Des centaines sont en détention préventive et d'autres, condamnées, purgent leur peine. 

Max, 43 ans, a passé quatre mois en détention pour incendie criminel, après avoir jeté un livre sur une barricade à laquelle des manifestants avaient mis le feu.

Il se souvient de ces lettres comme des "nutriments" auxquels il s'empressait de répondre, tant qu'elles étaient "fraîches et chaudes".

"Quand j'étais en prison, c'était comme marcher à l'intérieur d'un tunnel, je ne voyais aucune lumière", raconte-t-il en ne donnant que son prénom.

- "Pas tout seul" - 

"Ces lettres étaient comme des bougies qui me guidaient vers la sortie". 

Par rapport aux deux visites mensuelles d'une demi-heure autorisées, elles étaient "le type de soutien auquel on peut s'accrocher".

Sans même un bureau et une chaise derrière lesquels s'assoir, il passait des heures à écrire sur son lit, consommant trois stylos par mois. 

Le règlement pénitentiaire autorise les détenus ayant été condamnés à envoyer gratuitement une lettre par semaine. Ceux qui souhaitent en poster plus doivent gagner de l'argent pour payer les timbres. Les lettres reçues sont toutes ouvertes et lues.

Depuis sa libération, Max continue d'écrire aux détenus et aux militants restés derrière les barreaux. 

"Je ne pense pas que ces lettres permettront de donner de l'ampleur au mouvement mais j'espère qu'elle aideront mes camarades à être bien et qu'ils y trouveront un soutien moral", explique-t-il.

Cette initiative a été soutenue par l'ancien avocat Shiu Ka-Chun. 

Depuis janvier, plus de 5.000 lettres ont été envoyées et 500 correspondants mis en relation.

"C'est toute la beauté du mouvement. Les gens trouvent leur façon de soutenir", se félicite M. Shiu.

Outre l'envoi de lettres, il a participé à des initiatives destinées à aider les détenus à envoyer des fleurs à leurs proches et à rassembler du matériel pédagogique pour les plus jeunes détenus.

"J'espère que plus de personnes continueront à écrire à leurs amis en prison pour qu'ils sachent qu'ils ne sont pas tout seul".

Jennifer, une employée de bureau de 30 ans, considère que la manière dont le mouvement a été écrasé est "vraiment sinistre". Elle se dit également frustrée par la manière dont une partie de cette dissidence est désormais hors la loi.

Jusqu'à présent, elle a écrit 48 lettres à des prisonniers, une manière d'aider à gérer ses propres émotions tout en réconfortant ses correspondants. 

"Parfois, je pleurais en écrivant ces lettres", confie-t-elle. "Physiquement, je suis libre, mais mentalement, nous vivons tous dans une prison.

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