A Bahreïn, la petite communauté juive revit sa foi au grand jour

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Ibrahim Nonoo (D),chef de la communauté juive de Bahreïn, prie pour la shabbat à la Synagogue de Manama, le 4 septembre 2021.
Ibrahim Nonoo (D),chef de la communauté juive de Bahreïn, prie pour la shabbat à la Synagogue de Manama, le 4 septembre 2021.
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© AFP, Mazen Mahdi

publié le mardi 14 septembre 2021 à 10h33

Pour la première fois depuis des décennies, Ibrahim Nonoo accomplit publiquement ses prières dans une vieille synagogue rénovée de Manama. Depuis la normalisation l'année dernière des relations entre Israël et Bahreïn, la communauté juive de cet Etat du Golfe revit ouvertement sa foi.

Les juifs de Bahreïn jouissent d'une position politique et économique relativement privilégiée dans le petit royaume voisin de l'Arabie saoudite. Mais la cinquantaine de fidèles a dû pratiqué les rituels religieux à domicile depuis la destruction de la synagogue au début du conflit israélo-arabe en 1947.

"Les accords (de normalisation) ont tout changé", assure à l'AFP Ibrahim Nonoo, chef de la communauté juive de Bahreïn qui compte une cinquantaine d'âmes. "Nous sommes heureux de vivre au grand jour", ajoute-t-il la tête couverte d'une kippa noire qu'il se réjouit de pouvoir porter en public. 

Sous l'impulsion des Etats-Unis de Donald Trump, Israël a établi en 2020 de nouvelles relations officielles avec plusieurs pays arabes, notamment le Bahreïn. Les accords politiques se sont accompagnés de messages de tolérance, éludant la question palestinienne, naguère au cœur des relations entre l'Etat hébreu et ses voisins arabes.

En août, pour la première fois depuis 74 ans, une prière publique de shabbat, jour de repos hebdomadaire des juifs, s'est tenue dans la synagogue, située dans un marché populaire dans le centre de Manama. La communauté locale, des juifs expatriés et même des diplomates étaient présents. 

"Nous pouvons désormais accueillir les juifs dans la synagogue et nous espérons qu'ils viendront régulièrement", se réjouit M. Nonoo.

- "Renouveau" -

A l'intérieur de la synagogue blanche aux fenêtres en bois, un grand écran diffuse en direct les prières du shabbat et des livres de religion en hébreu, arabe et anglais sont placés sur la bimah, l'estrade où se déroule la lecture de la Torah.

Pour le chef de l'Association des communautés juives du Golfe, le rabbin Elie Abadie, le retour des prières publiques juives constitue "un renouveau de l'histoire des juifs de la région".

"Des prières juives retentissent publiquement dans cette région depuis plus de 2.000 ans, et malheureusement elles se sont arrêtées en 1947. Les reprendre, c'est comme revenir à la maison", raconte à l'AFP le rabbin. 

La normalisation de 2020, dite "accords d'Abraham", a constitué une rupture avec le consensus arabe selon lequel il ne devrait y avoir aucun lien avec Israël avant la fin de l'occupation des territoires palestiniens par l'Etat hébreu. 

Avant la normalisation, les juifs de Bahreïn jouissaient déjà d'une certaine visibilité, à l'instar de Houda Nonoo, ancienne ambassadrice du pays à Washington. C'est aussi le cas de la députée Nancy Khedouri. 

"De nombreux juifs souhaitent se rendre dans la région", assure à l'AFP la parlementaire bahreïnie, évoquant un "rêve de nouvelles opportunités" et un enthousiasme à "apprendre des juifs qui vivent déjà dans la région du Golfe".

Juste avant Bahreïn, les Emirats arabes unis ont été le premier pays du Golfe à annoncer la normalisation de leurs relations avec Israël. L'étalage de tolérance et d'entente a également accompagné la normalisation largement centrée sur des considérations politiques et économiques.

- "Moment très spécial" -

"Dieu est partout et en moi, mais prier dans la synagogue me fait sentir que ma voix sera plus spéciale", confie à l'AFP Aviva, une fidèle de 40 ans qui a rejoint Ibrahim Nonoo pour la prière.

Aviva se souvient d'avoir eu les "larmes aux yeux" en assistant à la première prière à la synagogue le mois dernier. "C'était un moment très spécial", confit-elle.

Cette fervente pratiquante espère que la communauté va se développer encore davantage avec notamment la construction d'une école juive pour sa fille de deux ans. 

Mais Ibrahim Nonoo, père de deux fils expatriés, ne cache pas son inquiétude quant à l'avenir de sa communauté qui vieillit, les plus jeunes ayant quitté le pays. 

Le responsable religieux cherche à financer la construction d'une école près de la synagogue pour assurer une éducation juive aux jeunes générations. 

Son objectif est de "faire venir un jeune rabbin à Bahreïn pour y raviver le judaïsme, pour aider à développer la communauté".

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