A Athènes, la fièvre Airbnb fait "renaître" un secteur stagnant

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Le quartier de Koukaki à Athènes, le 8 mars 2019
Le quartier de Koukaki à Athènes, le 8 mars 2019
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© AFP, LOUISA GOULIAMAKI

AFP, publié le dimanche 24 mars 2019 à 08h48

Après une décennie de chute libre sur fond de profonde récession, le secteur immobilier connaît "une renaissance" en Grèce, poussé par la fièvre Airbnb, attestent professionnels et résidents. 

A deux pas de l'Acropole, Dimitra Dionysopoulou, habitante du quartier de Koukaki, témoigne du "vacarme quotidien des travaux de rénovation, des conteneurs à gravats à tous les coins de rue, ou du bruit des valises à roulettes".

A un kilomètre du plus célèbre monument antique d'Athènes, ce quartier populaire occupait en 2016 la cinquième place sur la liste de la plateforme Airbnb des quartiers les plus prisés mondialement, avec une hausse de 800% des visites par rapport à 2015.

Des centaines d'appartements à Koukaki sont actuellement sur la liste. Les prix de location ont doublé et de nombreuses familles sont évincées par des propriétaires en quête d'argent frais, relève cette mère de famille quinquagénaire.

"Au moins trois familles qu'on connaît ont été récemment expulsées", affirme-t-elle à l'AFP.

Cette montée en flèche de la demande Airbnb partout en Grèce a poussé à réglementer pour obliger les propriétaires à déclarer cette activité, quoique tardivement, déplorent les professionnels.

Angelos Skiadas, à la tête de l'association des locataires, témoigne que "la frénésie d'Airbnb a même gagné la banlieue d'Athènes, qui n'a pas d'intérêt touristique".

"Les propriétaires pensent qu'Airbnb est une solution à tous les problèmes, certains l'utilisant pour faire pression sur les locataires" afin d'augmenter le loyer, souligne-t-il.

- Bulle immobilière? -

Le phénomène qualifié de "bulle immobilière" par Angelos Skiadas, entraîne la pénurie de logements, surtout sur les îles touristiques où fonctionnaires, enseignants ou étudiants ne trouvent plus de domicile abordable après le mois de mai, au début de la saison touristique.

Les hôteliers jugent que la situation est "incontrôlable": 76.000 propriétés en Grèce figurent sur le site Airbnb, selon l'étude de Grant Thornton commandée par la Chambre grecque d'hôtellerie.

L'étude relève une hausse des loyers de 9,3% en 2018 sur un an, ce qui affecte surtout les bas revenus, les retraités ou les familles monoparentales.

Mais les avis restent partagés. Stratos Paradias, président de l'association des propriétaires, souligne que le partage de logements, surtout via Airbnb, "a fait renaître le secteur".

Entre 2008 et 2017, les prix immobiliers ont chuté plus de 40% et n'ont commencé à augmenter que l'année dernière, selon la Banque de Grèce.

La location saisonnière de son logement "va continuer, elle crée des emplois et des revenus surtout pour ceux qui ne peuvent pas payer leurs taxes ou leurs dettes", juge Stratos Paradias dont l'association compte 55.000 membres.

Pour lui, cette activité a contribué au record touristique enregistré en Grèce ces dernières années, "les visiteurs profitant désormais de prix abordables". 

"Les hôtels ne peuvent pas répondre à la demande", souligne-t-il, en rappelant qu'en raison de la crise, "des dizaines de milliers d'appartements restaient inutilisés", les propriétaires n'ayant pas les moyens de les rénover.

- Expulsions -

Selon Airbnb, 8.000 appartements sont actuellement disponibles dans le centre d'Athènes à 67 euros en moyenne par nuitée, dont 1.200 dans les quartiers proches de l'Acropole. La moitié de ces appartements figurent sur divers sites immobiliers, leurs propriétaires ayant plus d'un logement en ligne.

Parmi ces propriétaires, il y a des centaines d'étrangers, surtout Chinois, Russes et Israéliens, qui ont profité du programme du visa d'or, inauguré en 2013, qui leur donne le droit de séjour à condition d'acheter des propriétés d'une valeur de plus 250.000 euros, rappelle Lefteris Potamianos, président des agences immobilières.

Les investissements étrangers dans l'immobilier en Grèce ont enregistré une hausse spectaculaire ces deux dernières années: 172% en 2018 sur un an (1,35 milliard d'euros) et 86,5% l'année précédente selon la Banque de Grèce.

"Des immeubles entiers ont été parfois achetés, le marché s'est envolé", se félicite Lefteris Potamianos.

Dimitra Dionysopoulou reste toutefois critique. Cette habitante de Koukaki loue également à l'année un appartement à un fonctionnaire. Elle se refuse à l'expulser pour des raisons éthiques. "Dans un pays où les prix s'envolent et les salaires baissent, comment peut-on augmenter le loyer? Malheureusement nous ne voyons pas la situation dans son ensemble mais seulement notre propre intérêt", déplore-t-elle.

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