Deux Camerounais bloqués dans la zone tampon de Nicosie iront avec le pape en Italie

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Daniel Ejube (gauche) et Grace Enjei (droite), deux Camerounais bloqués dans la zone tampon à Nicosie depuis six mois, accompagneront le pape vers l'Italie, le 3 décembre 2021
Daniel Ejube (gauche) et Grace Enjei (droite), deux Camerounais bloqués dans la zone tampon à Nicosie depuis six mois, accompagneront le pape vers l'Italie, le 3 décembre 2021
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© AFP, Roy ISSA

publié le vendredi 03 décembre 2021 à 19h43

Deux Camerounais bloqués depuis des mois dans la zone tampon séparant les deux parties de l'île divisée de Chypre font partie du groupe de 50 migrants qui seront transférés vers l'Italie à l'issue d'une visite de deux jours du pape François à Nicosie, ont annoncé vendredi les autorités locales.

"C'est le plus beau jour de ma vie", s'est exclamé Daniel Ejube, 20 ans, à la sortie de l'église de la Sainte Croix dans la capitale chypriote, où le souverain pontife a présidé une prière œcuménique avec des migrants.

"Je remercie le pape pour tout ce qu'il a fait", a ajouté ce migrant camerounais qui, avec Grace Enjei, 24 ans, est bloqué depuis fin mai dans la zone démilitarisée administrée par les Casques bleus des Nations unies à Nicosie, la dernière capitale divisée au monde.

Chypre est divisé depuis l'invasion du nord de l'île par l'armée turque en 1974 en réaction à un coup d'Etat de nationalistes chypriotes-grecs souhaitant rattacher ce pays à la Grèce.

Arrivés en République turque de Chypre-Nord (RTCN, autoproclamée et reconnue uniquement par Ankara) les deux jeunes Camerounais ont tenté de traverser la ligne de démarcation à Nicosie le 24 mai, dans l'espoir d'obtenir l'asile en République de Chypre, internationalement reconnue et membre de l'Union européenne. Mais ils ont été refoulés par les autorités chypriotes.

Les deux migrants sont coincés depuis entre deux checkpoints du quasi "no man's land" cintré de barbelés qui sépare le nord et le sud de l'île.

La RTCN n'ayant pas un système d'asile en place, les Camerounais risquaient d'être considérés comme illégaux et expulsés vers leur pays d'origine s'ils tentaient de rebrousser chemin vers le nord.  

Au cours des six derniers mois, les jeunes migrants ont pu survivre grâce à l'aide de l'Agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR), ainsi que plusieurs ONG chypriotes qui leur ont fourni nourriture, draps et assistance juridique.

- "Initiative importante" -

Le pape, qui a mis la question migratoire au coeur de sa visite, doit emmener 50 migrants, dont 10 migrants en situation irrégulière détenus, avec lui en Italie, selon Nicosie.

Le ministère chypriote de l'Intérieur a remercié le pape pour son "initiative importante", tout en confirmant que deux Camerounais "bloqués dans la zone tampon" séparant les deux parties de l'île divisée figuraient parmi les migrants qui devaient partir avec le souverain pontife.

Le ministère a également accusé la Turquie d'"instrumentaliser la migration à Chypre", appelant les "partenaires européens" à faire preuve de "solidarité" avec Nicosie face "aux difficultés liées au flux croissant de migrants".

La situation des migrants qui traversent la ligne de démarcation est "extrêmement inquiétante", a affirmé à l'AFP Katja Saha, porte-parole du HCR à Chypre, précisant que ces derniers se voient refuser le droit de présenter une demande d'asile, ce qui les pousse à "avoir recours à des passeurs" pour traverser la frontière.

Lors de sa prière œcuménique prononcée devant les migrants, le pape François a appelé à "ouvrir les yeux" devant l'"esclavage" et la "torture", que subissent les migrants dans les camps, dressant un parallèle avec la Seconde Guerre mondiale.

En 2016, le souverain pontife avait déjà ramené à Rome trois familles syriennes de Lesbos (Grèce), principal point d'entrée des migrants en Europe.

La République de Chypre affirme que quelque 10.000 migrants en situation irrégulière sont arrivés au cours des dix premiers mois de l'année, la plupart depuis le nord de l'île.

Rapporté à sa population, elle dit enregistrer le plus grand nombre de primo-demandeurs d'asile en Europe.

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