Zineb Redouane tuée par une grenade lacrymogène : les CRS mis en cause dans une contre-expertise indépendante

Zineb Redouane tuée par une grenade lacrymogène : les CRS mis en cause dans une contre-expertise indépendante
Marche en hommage à Zineb Redouane, le 30 novembre 2019.

, publié le lundi 30 novembre 2020 à 22h21

Il y a deux ans, Zineb Redouane trouvait la mort, touchée par une grenade lacrymogène dans son appartement à Marseille. Une contre-expertise publiée ce lundi 30 novembre valide la thèse d'un tir tendu.

Début décembre 2018, Zineb Redouane, habitante de Marseille âgée de 80 ans, trouvait la mort, touchée par une grenade lacrymogène en marge d'une manifestation de "gilets jaunes".

Dans ans plus tard, une contre-expertise indépendante contredit les premières conclusions de l'enquête et valide la thèse d'un tir tendu.


Publiée ce lundi 30 novembre, cette contre-enquête a été menée par le média d'investigation en ligne Disclose et le groupe de recherche basé à Londres Forensic Architecture.


Vif émoi dans l'opinion

Zineb Redouane a été atteinte au visage par des éclats de grenade lacrymogène dans son appartement, situé au 4e étage, alors que la manifestation de l'acte III des "gilets jaunes" dégénérait. Grièvement blessée, cette Algérienne de 80 ans a succombé le lendemain à l'hôpital lors de son anesthésie. Sa mort a suscité un vif émoi dans l'opinion.

Après plusieurs rebondissements, l'affaire a été dépaysée à Lyon en août 2019 suite à des soupçons de collusion entre le parquet de Marseille et les policiers mis en cause.

L'analyse conduite par Disclose, basée sur le rapport balistique, des images de vidéosurveillance et une modélisation 3D détaillée "contredit le rapport d'expertise" officiel qui concluait que le lance-grenade à l'origine du tir avait été "utilisé selon les préconisations et les procédures d'emploi en vigueur dans la police nationale" et mettait hors de cause les CRS.

"La responsabilité du tireur (...) est clairement engagée"

L'un des avocats de la famille était persuadé qu'il s'agissait d'un tir tendu, strictement interdit face à un immeuble d'habitation. Et selon la contre-enquête, "depuis la position des CRS au moment du tir, la présence de plusieurs immeubles en vis-à-vis direct aurait dû constituer, à tout le moins, une alerte rouge". D'autant que la munition utilisée, une grenade de type MP7, "est normalement prévue pour atteindre une cible située à 100 mètres".

L'analyse image par image de Disclose et Forensic Architecture permet, selon eux, d'identifier la trajectoire du tir en direction de l'immeuble de la victime ainsi que la position du tireur. Le projectile a, d'après la contre-enquête, atteint Zineb Redouane "au bout de 37 mètres".

Conclusion de Disclose, la modélisation 3D de l'environnement "démontre l'existence d'un danger au moment du tir et les responsabilités du tireur et du superviseur sont clairement engagées".  

Un magistrat lyonnais, rappelle Disclose, doit encore se prononcer sur la conformité du tir et la responsabilité des CRS dans la mort de Zineb Redouane. Les avocats de la famille espèrent que le juge réclamera une nouvelle expertise.

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