Zak, militant politique et LGBT algérien, poursuit ses combats en exil en France

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Zak Ostmane, militant politique et LGBT algérien, le 5 juin 2018 à Montpellier
Zak Ostmane, militant politique et LGBT algérien, le 5 juin 2018 à Montpellier
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© AFP, PASCAL GUYOT

AFP, publié le vendredi 08 juin 2018 à 12h20

"Ma religion, c'est l'activisme", sourit Zak Ostmane, contraint à l'exil en France après avoir milité pour la dépénalisation de l'homosexualité en Algérie et contre le régime d'Abdelaziz Bouteflika, 81 ans, au pouvoir depuis 19 ans.

Né à Boufarik, à une trentaine de kilomètres d'Alger, dans une famille "progressiste", Zak, 38 ans, est le dernier d'une fratrie de sept enfants: "à la fois brebis galeuse et pourri gâté", ironise-t-il lors d'un entretien avec l'AFP.

"Politisé dès le plus jeune âge" par une mère adorée qui l'emmène manifester contre le code de la famille "inique" de 1984, Zak se souvient des années 1980 comme d'une époque "où le rêve était encore permis en Algérie".

Son adolescence est ensuite marquée par les "années de plomb", la montée de l'islamisme et les massacres de civils. Au collège et au lycée, le jeune garçon ne cache pas son homosexualité et affronte moqueries et insultes.

Dès cette période, il milite activement pour les droits des homosexuels sans jamais dissocier ce combat de la lutte pour les droits des femmes ou pour la démocratie. "C'est un tout", dit Zak, qui n'a pas de mots assez durs pour Bouteflika qui selon lui a "sacrifié un pays et une génération".

Le jeune homme ne passe pas son bac mais forge sa culture et son esprit critique grâce aux livres que sa mère lui offre, comme Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde. "Toujours pour militer", il devient journaliste freelance, blogueur et auteur. 

"A mon avis, tu le sais très bien. Je suis homosexuel, j'aime les garçons", dit-il à sa mère à l'âge de 24 ans en tenant à faire un "coming-out" formel. Ses parents non seulement ne le rejettent pas mais "recadrent" même l'un de ses frères devenu "homophobe et sexiste". 

En Algérie, il constate, "révolté", que les homosexuels sont non seulement "considérés comme des criminels passibles de prison ferme" mais aussi "privés de toute protection" alors qu'ils sont "régulièrement la cible d'agressions, de viols ou de lynchages". 

- "Continuer à militer" -

Lassé de "l'hypocrisie" entourant cette question "taboue", Zak publie en 2013 sur les réseaux sociaux un manifeste pour la dépénalisation de l'homosexualité en Algérie, relayé dans les médias algériens et étrangers. "J'ai pris des risques et aujourd'hui je le paie très cher", constate-t-il. 

Zak a "éveillé les consciences" à travers ce texte et "force l'admiration par son courage", estime Nicolas Noguier, président de l'association Le Refuge, basée à Montpellier, dans le sud de la France, et qui héberge de jeunes victimes d'homophobie.

"Cible de menaces de mort croissantes", Zak Ostmane s'engage pourtant dans le mouvement durement réprimé "Barakat !", ("Ca suffit!"), créé début 2014 contre un quatrième mandat du président Bouteflika, qu'il a finalement effectué. 

Des réactions d'opposition se sont à nouveau fait entendre tout récemment, alors que des partisans du dirigeant l'appellent à se présenter pour un cinquième mandat, à moins d'un an de la présidentielle prévue en avril 2019. Bouteflika n'a pas annoncé quelles étaient ses intentions.

Doublement "dénigré", "menacé de mort", "filé", Zak part pour Marseille, dans le sud-est de la France, à la veille de la présidentielle 2014. Revenir en Algérie, le pays qu'il "a dans le sang", serait selon les amis du militant "un suicide". 

"En exil, c'est très important pour moi de continuer à militer", explique Zak, qui dénonce notamment l'attitude "honteuse" de la France quand de jeunes homosexuels exilés vivent sous la menace d'une expulsion.

Zak a rapidement obtenu le statut de réfugié. Il s'apprêtait à boucler son dossier de naturalisation lorsqu'en mars 2017, il a été séquestré, battu et violé par deux militaires dans une chambre d'hôtel de Marseille après avoir été drogué dans un bar. 

Après ce traumatisme, le militant tente de se reconstruire à Montpellier. Mais, faute de logement pérenne dans cette ville réputée accueillante pour les homosexuels, il pourrait rapidement se retrouver à la rue. 

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