Viry-Châtillon : "On ne s'attendait pas à ce qu'ils veuillent nous tuer", témoigne un policier attaqué

Viry-Châtillon : "On ne s'attendait pas à ce qu'ils veuillent nous tuer", témoigne un policier attaqué
Les véhicules des policiers attaqués à Viry-Châtillon le 9 octobre 2016.

, publié le mardi 11 octobre 2016 à 11h10

Grâce à lui, le policier grièvement brûlé samedi à Viry-Châtillon (Essonne) est en vie. Sébastien, un policier de 38 ans, fait partie des quatre fonctionnaires qui ont été attaqués par une quinzaine d'individus qui leur ont jeté des cocktails Molotov.

Alors que son collègue de 28 ans est toujours plongé dans un coma artificiel, et que la classe politique s'affronte autour des moyens octroyés aux forces de l'ordre, il livre mardi 11 octobre son témoignage dans les colonnes du Parisien.

"Je l'ai sorti de la voiture et je me suis couché sur lui pour éteindre le feu, raconte Sébastien. Je le connais un peu ce collègue, nous avons l'habitude de travailler ensemble dans ce quartier." Un geste qui a probablement sauvé la vie du policier, et qui lui a valu d'être qualifié de "héros" par Manuel Valls lors de sa visite au commissariat de Juvisy-sur-Orge (Essonne) lundi. "J'appréhende de retourner sur le terrain. Depuis 12 ans que je suis affecté à Juvisy je n'ai jamais vu ça", déplore-t-il.



"Ça", c'est l'attaque de deux voitures de police par une quinzaine d'individus armés notamment de cocktails Molotov, dans le quartier de la Grande-Borne à Viry-Châtillon. Tout est allé très vite selon Sébastien, qui était avec une collègue dans une Peugeot 308, affectée à la surveillance d'un carrefour de la D445, connu pour les vols à la portière qui s'y déroulent. A quelques mètres, une Renault Kangoo, avec deux autres policiers. C'est ce deuxième véhicule qui est pris pour cible en premier. "Ils ont cassé les vitres, leur ont donné des coups de poing pour les empêcher de sortir et leur ont jeté les cocktails Molotov sur les genoux. Nous sommes sortis et ils sont venus sur nous. Ils ont essayé de mettre KO ma collègue qui était côté conducteur en lui donnant des coups de poing. Ils ont ensuite lancé un cocktail Molotov dans notre voiture. Je suis allé dans le coffre pour chercher des grenades défensives, mais ils étaient déjà partis", explique-t-il au quotidien local.

"On a pas vu les jeunes arriver, analyse Sébastien. Ils ont été malins, c'était bien préparé. On était stationnés devant la Grande-Borne, mais ils ont fait un grand tour en traversant devant le magasin Leclerc, puis ils ont longé le mur de la caserne de pompiers pour nous surprendre."



Le policier a également témoigné sur les ondes d'Europe 1. Au micro, il détaille les "visions d'horreur" de cet après-midi-là. "Ils nous foncent dessus, ils agressent ma collègue et ils nous jettent plein de projectiles enflammés dans le véhicule. Là, je me dis : 'si je ne sors pas, je vais mourir'", se souvient-il. Sébastien raconte également la violence des coups portés à sa collègue. "Sa tête faisait des allers et retours. Ils voulaient absolument la mettre KO, pas qu'elle en réchappe". Quand les deux policiers réussissent à sortir du véhicule, profitant de la fuite des assaillants, ils partent en courant. "Je ne sais pas comment, l'expérience peut-être, je reste lucide et je me retourne pour voir mes deux autres collègues. Je vois ma collègue qui a la tête en sang et je cherche à savoir où est mon dernier collègue", explique Sébastien. "Il rentre dans mon champ de vision et là, je le vois en feu, notamment au niveau du haut du corps. Il hurle tout ce qu'il peut, je cours vers lui et je lui crie de lever les mains. Je lui arrache son polo et j'étouffe les flammes". Interrogé sur l'image qui l'a le plus marqué lors de cet après-midi d'horreur, il répond : "C'est Vincent qui me dit 'Aide-moi ! Aide-moi ! je suis en feu'. Quand je l'ai éteint, il hurlait : 'Je ne sens plus mes mains !' C'est ça qui m'empêche de dormir... Qui me tourne tout le temps dans la tête."

"Quand nous venons à la Grande-Borne, nous savons que nous pouvons être caillassés et que nous allons recevoir des cocktails Molotov. Mais on ne s'attendaient pas à ce qu'ils viennent au contact au niveau de nos portières et qu'ils veuillent nous tuer", raconte le policier au Parisien.

Au-delà des blessures physiques -Sébastien a écopé de 21 jours d'incapacité totale de travail-, ce sont les séquelles psychologiques qui mettront peut-être le plus longtemps à guérir. Il va consulter dans les jours qui viennent un psychologue, explique Le Parisien. Son fils de 7 ans, lui aussi, a été marqué par les événements. "Samedi, il a vu les images à la télé et quand je suis rentré le soir de l'hôpital, il a vu mes brûlures. Il ne comprenait pas pourquoi les méchants veulent me tuer alors que je suis policier. Je ne savais pas quoi lui répondre."

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