Violences policières : une nouvelle manifestation à Lille, deux rassemblements interdits à Paris

Violences policières : une nouvelle manifestation à Lille, deux rassemblements interdits à Paris
Manifestation contre les violences policières et pour demander "justice pour Adama", le 4 juin 2020 à Lille.

, publié le vendredi 05 juin 2020 à 13h45

Alors que de nouveaux rassemblements sont prévus samedi dans plusieurs villes de France, la porte-parole du gouvernement a appelé à "trouver d'autres manières" de s'exprimer, en raison de la "situation sanitaire".

"Black lives matter", "Stop aux violences policières", "Pas de justice, pas de paix !" Les manifestations se poursuivent en France contre le racisme et les violences policières. Au moins 2.000 personnes ont participé à une manifestation non déclarée jeudi soir à Lille.

A Paris, la préfecture de police a interdit, en raison de la situation sanitaire, la tenue de deux rassemblements prévus samedi devant l'ambassade des Etats-Unis, en hommage à George Floyd, un Américain noir de 46 ans asphyxié par un policier blanc. D'autres rassemblements sont prévus samedi dans plusieurs villes de France.



A Lille, les participants se sont rassemblés dès 19 heures sur la place de la République avant d'entamer une marche dans le centre-ville, scandant également "Justice pour Adama" Traoré, jeune homme noir de 24 ans décédé dans une caserne de Persan (Val d'Oise) en 2016 après son interpellation. "Aujourd'hui, des gens se sentent stigmatisés, mis à l'écart par la République et ces personnes (...) demandent avant tout d'être intégrées, reconnues, traitées comme tout un chacun", a expliqué à l'AFP Sofian, 32 ans. "La question des violences policières est sur la table depuis plusieurs années, mais cette inégalité se manifeste désormais au plan mondial, en même temps", a-t-il ajouté. "Le monde d'après, c'est déjà de commencer à marcher ensemble dans la même direction", a-t-il conclu. 

Des heurts ont éclaté vers 20h30, les forces de l'ordre faisant usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants. Des incidents épars se sont poursuivis à la tombée de la nuit. Mardi soir, une manifestation non déclaré avait déjà réuni quelque 2.500 personnes dans la capitale des Flandes, selon une source policière, et s'était dispersée dans le calme.

Rassemblements interdits à Paris

A Paris, "deux projets de rassemblements statiques devant l'Ambassade des Etats-Unis ont été déclarés pour le samedi 6 juin 2020", a indiqué vendredi la Préfecture de police (PP) dans un communiqué. "Ces rassemblements, susceptibles de rallier de nombreuses personnes, ne sont pas autorisés par le décret du 31 mai 2020 relatif à l'état d'urgence sanitaire qui proscrit tout rassemblement, dans l'espace public, de plus de dix personnes", est-il précisé.

Le communiqué fait également allusion aux "incidents et violences" qui ont eu lieu en marge de la manifestation, interdite, du 2 juin. Ce rassemblement, organisé à l'appel du comité de soutien à la famille d'Adama Traoré, avait réuni 20.000 personnes devant le Tribunal de grande instance de Paris.

"Trouver une autre manière de s'exprimer"

Alors que d'autres rassemblements sont prévus samedi dans plusieurs villes de France, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a estimé que ces manifestations "ne devraient pas se tenir" en raison de la situation sanitaire. "Il faut que ces gens qui ont envie de manifester trouvent une autre manière d'exprimer ce besoin-là parce que il faut quand même ne pas oublier la situation sanitaire" liée à l'épidémie du coronavirus, a-t-elle expliqué au micro de Sud Radio. "Si on a interdit les rassemblements de plus de 5.000 personnes dans toute la France et sur la voie publique les rassemblements de plus de 10 personnes, c'est qu'il y a bien une raison", rappelle-t-elle.

La porte-parole du gouvernement a néanmoins souligné que "ce que ces manifestations révèlent, c'est qu'il y a un certain malaise pour au moins une certaine partie des Français, donc on doit l'entendre et on doit être capable d'y apporter une réponse". Elle a salué les "mots très forts" du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner qui a promis une "sanction" pour chaque "faute".

A propos de l'appel dans l'Obs de l'acteur Omar Sy à "se réveiller" et à "dénoncer les violences policières" en France, la porte-parole dit qu'elle "ne partage pas tout de ce qu'il dit dans sa tribune, mais je pense qu'il a raison dans le sens où on parle là de racisme dans la police". "Je ne crois pas que la police française soit raciste de manière organisée", a-t-elle précisé. Mais "qu'il puisse y avoir des individus qui sont racistes, ça existe dans tous les corps sociaux de la République". "Il faut rechercher l'apaisement", a-t-elle ajouté, en dénonçant "tous ceux qui jettent de l'huile sur le feu en ayant des propos outranciers, qui mentent sur ce qu'est la réalité de notre pays". "Notre pays n'est pas un pays raciste, je le dis et je le redis avec beaucoup de force et je suis heureuse d'y vivre en tant que femme noire", a-t-elle conclu.

 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.