Violences policières : enquête préliminaire ouverte contre le policier incriminé dans l'affaire Théo

Violences policières : enquête préliminaire ouverte contre le policier incriminé dans l'affaire Théo
Un tag attaquant les forces de l'ordre à Aulnay-sous-Bois.

Orange avec AFP, publié le mardi 14 février 2017 à 21h28

TENSIONS - Le ministre de l'Intérieur a saisi mardi l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) après de nouvelles accusations de violences visant un des policiers mis en examen pour l'interpellation brutale de Théo. Une enquête préliminaire a été ouverte concernant ces faits nouveaux.

Par ailleurs, L'Humanité révèle que le commissaire d'Aulnay-sous-Bois avait déjà été condamné pour violences policières en 2008.

Alors que l'affaire Théo embrase les banlieues, de nouvelles révélations ajoutent de l'huile sur le feu. Dans un témoignage à l'Obs, Mohamed K., un ami de Théo, raconte mardi 14 février avoir été passé à tabac une semaine avant ce dernier par des policiers, dont l'un a participé au viol présumé de Théo lors de son interpellation. Le 26 janvier dernier, le jeune homme de 22 ans assiste à une intervention musclée avant que les policiers ne l'arrêtent à son tour : "Ils me disent 'viens là, toi aussi on va te fouiller', j'ai répondu que je voulais juste aller acheter ma baguette et rentrer chez moi, mais ils ont insisté."

"Je me suis dit, ils vont me palper et c'est bon", explique-t-il. Mais, aidé d'un de ses collègues, l'agent de police "(le) pousse vers l'entrée d'un bâtiment". Un troisième policier sort alors du hall. "On le connaît dans le quartier, c'est le même que celui qui a pénétré Théo avec sa matraque, tout le monde l'appelle 'Barbe Rousse'". C'est à ce moment-là que tout dégénère : les trois hommes "lui font des croches-pattes" pour tenter de le "mettre à terre". Alors qu'il reconnaît "le petit jeune" interpellé avant lui, "qu'ils sont en train de déshabiller", ils se mettent à le frapper en le traitant de "sale noir", de "salope". 'Barbe Rousse' me cogne avec sa matraque. Un des policiers me braque à bout portant avec son Taser, et me dit 'laisse-toi faire ou je te tase'."

Une enquête préliminaire a été ouverte mardi 14 février après ces nouvelles accusations de violences visant un des policiers mis en examen pour l'interpellation brutale de Théo, le 2 février, à Aulnay-sous-Bois, a annoncé le parquet de Bobigny. "Ce sont des accusations graves portées sur le même fonctionnaire, qui méritent que l'on fasse évidemment toute la lumière", avait déclaré le porte-parole du ministère Pierre-Henry Brandet. "Je ne veux rien laisser passer mais je ne fais pas d'amalgame. Quand il y a des comportements qui doivent être sanctionnés, ils le sont", a dit M. Le Roux en déplacement à Sarcelles dans le Val-d'Oise.

CINQ JOURS D'ITT

Mohamed K. estime que la scène a duré 30 à 40 minutes avant qu'ils ne l'embarquent au commissariat. Sur le trajet jusqu'au camion de police, il raconte que les policiers braquent les habitants qu'ils croisent avec leur flash-ball. Il reste 24 heures en garde à vue pour "outrage et rébellion" et écope de cinq jours d'ITT (interruption temporaire de travail), comme en atteste le certificat que s'est procuré L'Obs. Au petit matin, il se réveille avec les yeux "si gonflés par les coups reçus" qu'il n'y voit rien.

Le policier à l'origine de son interpellation porte plainte contre lui : il a eu trois jours d'ITT parce qu'il s'est tordu le petit doigt dans l'action. Ce que Mohamed K. ne conteste pas : "Parce qu'il me frappait", explique-t-il. À l'époque, il n'a pas voulu porter plainte car il venait de trouver du travail et qu'il ne pouvait se "permettre de risquer de le perdre". Depuis l'agression de son ami, il a changé d'avis et décidé de porter plainte. C'est l'avocat de Théo, maître Éric Dupond-Moretti, qui se charge de le défendre.



Après ces révélations, le ministre l'Intérieur Bruno Le Roux a saisi l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).

LE COMMISSAIRE DÉJÀ CONDAMNÉ

Le commissariat d'Aulnay-sous-Bois saura-t-il gérer cette nouvelle accusation ? Une situation d'autant plus inconfortable que L'Humanité a dévoilé mardi matin que le commissaire Vincent Lafon, patron des quatre policiers mis en examen dans l'affaire Théo, dont l'un pour viol, avait déjà été condamné en 2008 pour ne pas avoir empêché des violences policières.



L'affaire, surnommée "l'affaire de l'enjoliveur", remonte à 2004. À l'époque, les policiers engagent une course-poursuite pour arrêter un homme surpris un peu plus tôt alors qu'il conduisait tout en frappant sa passagère. Finalement arrêté par les agents de la brigade anti-criminalité après avoir renversé plusieurs d'entre eux, il est passé à tabac. L'un des policiers va même jusqu'à lui glisser un enjoliveur entre les fesses. Dans sa déposition, le chauffeur accuse les policiers de l'avoir "menacé de sodomie", mais impossible d'en avoir la preuve car les images vidéos de la scène ont été détruites. Vincent Lafon, chef adjoint de la BAC à l'époque, sera condamné en 2008 à un an de prison avec sursis et un an d'interdiction professionnelle pour abstention volontaire d'empêcher un crime ou un délit.

Comparer cette affaire à celle de Théo est "un procédé parfaitement malhonnête", a estimé mardi matin sur France Inter Céline Berthon, du syndicat national des commissaires de police. "J'oserais même dire que je le trouve tout à fait dégueulasse. Parfois on doit rendre compte de faits pour lesquels nous ne sommes pas là parce que nous sommes les chefs et que nous sommes responsables".

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