Violences faites aux femmes : "En vie grâce à un téléphone d'appel d'urgence"

Violences faites aux femmes : "En vie grâce à un téléphone d'appel d'urgence"

Une femme maquillée manifeste contre les violences conjugales à Paris, le 25 novembre 2012

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AFP, publié le jeudi 30 novembre 2017 à 18h20

Victime de violences conjugales, Sylvie Charland, 52 ans, a dû son salut à un téléphone portable d'urgence expérimental quand son mari a tenté de l'assassiner en 2011 : le dispositif a depuis évolué et essaimé dans toute la France.

"Sans ce téléphone, je serai morte", assure-t-elle lors d'une rencontre avec l'AFP dans son appartement de la banlieue de Strasbourg, où elle a refait sa vie. "Ça va bien mieux, et j'en suis fière. Ce dispositif a servi et va sauver d'autres femmes".

Le 19 juillet 2011, son mari est interpellé devant elle, dans un restaurant de Strasbourg. Il vient de tenter de lui porter un coup de couteau "à hauteur du cœur", qu'elle a pu esquiver.

Elle avait auparavant réussi à contacter la police au moyen d'un téléphone portable d'urgence, remis par le parquet. Un dispositif expérimental lancé début 2011 dans le Bas-Rhin et en Seine-Saint-Denis pour protéger les femmes victimes de violences conjugales.

Pour cette cadre de santé, c'est l'aboutissement de deux décennies d'une vie maritale marquée par les humiliations et les brimades: les critiques pleuvent sur son physique, sa façon d'éduquer les enfants, le ménage qui "ne se fait pas" quand elle va voir ses amis.

"J'ai attendu que mon 2e enfant ait 18 ans et je me suis sauvée la semaine d'après", raconte-t-elle.

Quelques jours plus tard, elle accepte de le revoir au domicile conjugal pour avancer sur la procédure de séparation. Son mari sort une arme à feu, la menace. "J'avais envie de vivre, je suis restée (...) ils m'ont dit que c'était un viol", relève-t-elle en évoquant la plainte déposée à la gendarmerie dans la foulée.

L'homme est remis en liberté quelques semaines plus tard et placé sous contrôle judiciaire en attendant le procès.

Faouizia Sahraoui, psychologue et directrice de l'association Aide aux habitants à Strasbourg, rencontre Mme Charland, obtient du Tribunal de grande instance de la ville de lui confier un portable d'urgence destiné aux personnes en danger.

Elle peut désormais appuyer trois secondes sur une touche pour être immédiatement connectée à une plateforme dédiée de l'opérateur Mondial Assistance, ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Des opérateurs déclenchent, si besoin, l'envoi des forces de police.

"Quand on me l'a donné, la première chose que j'ai pensé c'est : peut-être que je ne vais pas mourir. Je dormais avec, je l'avais avec moi au travail et quand j'allais prendre mon bain, il était à côté", raconte-elle.

- Des téléphones partout en France  - 

Peu de temps après, son mari transgresse son contrôle judiciaire et l'aborde sur le parking de son travail. Sylvie Charland suggère un café dans un restaurant, plutôt que de monter dans sa voiture.

Elle appuie sur la touche du téléphone. L'opérateur rappelle. Elle feint alors un appel professionnel et donne l'adresse du restaurant pour "se faire apporter des dossiers".

En 2014, l'homme est condamné en appel à 15 ans de prison pour viol et tentative d'assassinat. "Pendant le procès, j'ai appris que dans la voiture qu'il avait louée, il y avait le scotch, les ficelles, les cartons, les somnifères, l'alcool. Il manquait juste la pelle", ajoute-t-elle, soulagée.

"Il y a 20 téléphones +grave danger+ au parquet de Strasbourg, dont les 3/4 sont attribués en permanence", précise Eve Lechtman, substitut du procureur.

En 2015, "le dispositif a été étendu à tous les TGI de France" et "tous les téléphones portables ont été changés, intégrant la géolocalisation et rendant le bouton d'urgence plus facile d'accès", rappelle Mme Sahraoui. Deux modifications suggérées par un témoignage de Mme Charland devant le comité de suivi du dispositif.

Entre 550 et 600 téléphones d'urgence circulent actuellement en France, selon l'organisation France Victimes. Et "en cas de grave danger", la possibilité de donner ce "dispositif de téléprotection" à une personne victime de violences de la part de son partenaire figure désormais dans le Code de procédure pénale.

 
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