Violences à Marseille - Hooligans russes, Anglais, pouvoirs publics : à qui la faute?

Violences à Marseille - Hooligans russes, Anglais, pouvoirs publics : à qui la faute?

Des fumigènes ont été allumés dans le parcage russe au stade Vélodrome

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Orange avec AFP, publié le dimanche 12 juin 2016 à 12h55

-Des affrontements d'une rare violence ont eu lieu dans la cité phocéenne samedi 11 juin après trois jours de tension entre une frange ultra-minoritaire de "supporters" russes, anglais et groupes marseillais en marge de l'Euro 2016. Au lendemain du match entre l'Angleterre et la Russie, aucun mort n'est pour l'instant à déplorer, et ce bilan humain tient presque du miracle.

Les scènes de batailles rangées sur le Vieux-Port, dans les rues de la ville, et à l'intérieur même du stade Vélodrome soulèvent de nombreuses questions, accompagnées d'un constat terrible : moins de 48 heures après le début de la compétition, l'Euro est déjà saisi par la peur-

QUI SONT LES GROUPES INCRIMINÉS?

Trois "camps" de fauteurs de troubles se distinguent. Plus gros "bataillon" de supporters de l'Euro 2016, le contingent anglais avait pris possession des lieux à Marseille depuis jeudi, sans accrocs majeurs. La journée du samedi a vu une escalade de la violence alors que les provocations entre "locaux" et Britanniques se sont multipliées. Des groupes français sont en effet impliqués dans les rixes. Plusieurs vidéos montrent notamment des groupes d'individus s'exprimant en français et prenant part aux affrontements dans les rues de la ville.

Troisième groupe : les Russes. "Pour désigner les Russes qui se sont battus hier (samedi), le terme hooligan" n'est pas usurpé. (Ce sont) des gens qui considèrent ça comme un sport" rapporte un spécialiste du supportérisme russe à "L'Équipe". Plusieurs groupuscules structurés liés à des clubs russes comme le Lokomotiv Moscou ou au Spartak Moscou communiquent régulièrement sur leurs "activités", à l'image du "Gladiators Firm 96". Samedi à la mi-journée, ce groupe avait même annoncé son arrivée à Marseille sur un compte Twitter, avec un message accompagné d'un sans équivoque #HooligansDontStop.

Avant le début de la compétition, le préfet de police des Bouches du Rhône s'était lui refusé "à distiller des messages anxiogènes". Interrogé sur l'hypothèse d'un affrontement programmé entre "supporters", Laurent Nunez avait répondu "qu'aucune information solide" ne validait l'hypothèse d'un 'fight', mais "nous nous sommes préparés à cette éventualité", avait-il précisé.

LA SÉCURITÉ EST-ELLE ADAPTÉE?

Outre-manche, plusieurs voix ont rapidement remis en question les méthodes des forces de l'ordre. Dans une interview à "The Guardian", un conseiller de la police britannique affirmait que "les tactiques de la police française pourraient mener à plus de violence", déplorant une stratégie répressive "contre-productive". Geoff Pearson a notamment raconté l'épisode d'une "petite confrontation" entre locaux et Anglais sur le Vieux Port dans la soirée de jeudi 9 juin, ayant abouti à une réponse policière "complètement disproportionnée". "Mon conseil à la police française est de porter attention aux changements opérés par ses voisins européens en termes de gestion des foules" indique t-il, plaidant pour des interactions positives avec les supporters.
Malgré le minimum de 31 blessés (dont un dans un dont le pronostic vital était toujours engagé dimanche à la mi-journée) à déplorer après les heurts, la préfecture de police des Bouches-du-Rhône a salué le sang-froid des effectifs de la Police nationale et de la gendarmerie.

Dix personnes (des Anglais, un Autrichien, un Allemand, des Français et des Russes) étaient en garde à vue à Marseille après les heurts. Le commissaire Antoine Boutonnet, chargé de la lutte contre les hooligans en France, a lui assuré qu'il "n'y a pas de constat d'échec" dans la gestion des incidents survenus à Marseille. Le directeur de la division nationale de lutte contre le hooliganisme a invoqué le phénomène de "suralcoolisation" des supporters, qui "entraîne in fine un phénomène de violences". Ses propos ont engendré une vague d'indignation sur les réseaux sociaux, où beaucoup l'ont accusé d'incompétence. Plusieurs personnes ont ainsi relayé l'exemple une vidéo d'un exercice de préparation des CRS à l'Euro 2016, où des lycéens avaient été mis à contribution pour jouer le rôle de hooligans.

Du côté politique, Jean-Christophe Cambadélis a également dénoncé dimanche matin les agissements de quelques "crétins alcoolisés". "S'il y a un échec, c'est celui du football" a pour sa part affirmé Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministère de l'Intérieur.

LE CAS ÉPINEUX DU VÉLODROME

Au stade Vélodrome, des affrontements brefs mais violents ont eu lieu au coup de sifflet final du match. Quelques supporters russes ont quitté leur parcage et, après avoir enfoncé une ligne de stewards, chargé des spectateurs qui quittaient l'enceinte et ont dû se précipiter comme ils pouvaient vers la sortie, parfois en escaladant des grillages. Si ces nouveaux heurts n'ont pas fait de blessés graves, les images, diffusées en mondovision, interrogent.

"Nous allons recevoir une amende de l'UEFA, tel que je le comprends", a noté le ministre des Sports russe Vitali Moutko, dénonçant le mauvais comportement de ses supporters, mais pointant également du doigt des manquements dans l'organisation du match. "Pour que de telles rencontres soient organisées correctement, vous devons séparer les supporteurs. Il y avait des pétards, c'est évidemment mauvais. Il n'y avait pas de grillage, rien". déplore t-il.

"Il y a manifestement eu quelques failles" dans le dispositif de sécurité mis en place a reconnu le préfet de police. Dans les dernières minutes du match, une bombe agricole a explosé dans une tribune, et plusieurs fumigènes ont été allumés, dont un tiré depuis le virage Sud et ayant fini son vol dans la Tribune Ganay.


RUSSES ET ANGLAIS ÉTAIENT SÉPARÉS... PAR UNE CORDE !

Plus que le rôle des forces de l'ordre, les questions remontent sur les sociétés de sécurité privée auxquelles les organisateurs de l'Euro ont massivement fait appel pour assurer la gestion des foules à l'intérieur et autour des stades de la compétition. "On avait juste nos bras et une corde" a témoigné un agent de sécurité présent lors des affrontements. "On était une lignée d'agents de sécurité avec un cordage afin de tenir les deux groupes. Ca s'est bien passé pendant tout le match. Mais on savait que ça allait péter à la fin, parce qu'il y avait déjà eu des altercations. Mais nous, on n'est pas formés au hooliganisme", a témoigné l'agent à RMC Sport.
"Ils avaient pas le physique, et pas la formation" a indiqué un spectateur présent dans le virage Sud, évoquant une "improvisation à tous les niveaux".

ET MAINTENANT ?

Au lendemain des violences, l'UEFA a ouvert une procédure disciplinaire contre la fédération de Russie. Il est reproché des "perturbations" dans les tribunes, un "comportement raciste" et le lancer de "fumigènes". L'instance disciplinaire de l'UEFA examinera ce dossier le 14 juin. L'UEFA ne gère que les incidents dans les stades, ce qui se déroule autour relevant des autorités du pays hôte. L'instance régente du football européen a également admis "des problèmes de séparation" entre supporters anglais et russes".

Après les heurts de Marseille, les craintes d'affrontement ne retombent pas pour autant. À Paris, "les consignes de vigilance ont été renforcées" pour le match Turquie-Croatie, considéré comme à risque dimanche au Parc des Princes à Paris, avec plus de 1.500 policiers déployés.
 
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