Violences à Dijon : "Quand la communauté tchétchène estime que la police n'a pas les moyens d'intervenir, elle s'unit et agit"

Violences à Dijon : "Quand la communauté tchétchène estime que la police n'a pas les moyens d'intervenir, elle s'unit et agit"
Policiers et gendarmes à côté d'un véhicule incendié dans le quartier des Grésilles à Dijon, le 15 juin 2020.

, publié le mardi 16 juin 2020 à 13h15

Selon un participant aux expéditions punitives menées à Dijon par des membres de la communauté tchétchène, les Tchétchènes n'avaient "pas l'intention de faire des dégâts autour", mais voulaient défendre leur communauté. 

Des expéditions punitives "totalement inédites" ont été menées ce week-end par des membres de la communauté tchétchène. Selon la police, un premier raid aurait été lancée vendredi soir dans le centre-ville à la suite de l'agression, le 10 juin, d'un jeune homme de 16 ans issu de cette communauté.

Le jeune homme aurait été agressé par un dealer, selon la communauté tchétchène. Deux autres expéditions ont visé les deux nuits suivantes le quartier des Grésilles. Selon une spécialiste de la Tchétchénie et un participant à ces expéditions, quand la communauté tchétchène est menacée, "elle s'unit et agit", sans faire appel à la police.



Pour Heda Inderbaeva, spécialiste de la Tchétchénie, interrogée sur BFMTV, "jamais il n'y aurait eu autant de solidarité dans la communauté tchétchène s'il y avait un fond de trafic de drogue", comme ont pu le dire certains. "Jamais la communauté tchétchène ne se mobiliserait pour ce genre d'actions, surtout que tous les Tchétchènes tiennent à leur place en France et ne veulent aucun problème avec la police française", insiste-t-elle.

Selon elle, "quand la communauté tchétchène estime que la police n'a pas les moyens d'intervenir dans ce genre de quartiers où les gens ont été agressés, la communauté s'unit et essaie d'intimider". D'après Heda Inderbaeva, s'il faut "apprendre aux Tchétchènes que la France, ce n'est plus la Russie" et que "les policiers et la justice (y) font bien leur travail", les Tchétchènes "sont exaspérés que les dealers s'en sortent toujours sans problème, reviennent (...) et commettent les mêmes agressions comme si de rien n'était". "Là, ils se sentent abandonnés et dans ce cas ils s'unissent, ils préviennent la police et ils commettent ce genre de regroupement", poursuit-elle, ajoutant qu'ils ne se sont pas sentis "assez soutenus". Sur LCI, elle a expliqué que les Tchétchènes "ont toujours des problèmes avec les dealers parce qu'ils habitent dans les mêmes quartiers et ne supportent pas l'anarchie imposée par les dealers".

Au micro d'Europe 1, un Tchétchène ayant participé à ses violences a expliqué que s'il n'était "pas fier" de ce qu'il avait fait, il s'agissait de défendre sa communauté. "Quand un Tchétchène se fait frapper, on vient toujours parce qu'on est solidaire, il faut défendre les siens", a témoigné le jeune homme, qui a souhaité garder son anonymat. "Nous les Tchétchènes, depuis tout petit, on est éduqué comme ça. On est très peu, seulement un million dans le monde, éparpillés un peu partout. Donc si on n'est pas solidaires, on est perdus. Surtout quand on n'est pas en Tchétchénie, quand on est hors de chez nous", a-t-il poursuivi. 

Il explique qu'appeler les forces de l'ordre était impensable. "C'est dans notre mentalité, on n'aime pas passer par la police. On aime régler nos trucs seuls", a-t-il expliqué, soulignant qu'ils n'avaient "pas l'intention de faire des dégâts autour". "Tout ce qu'on avait, c'étaient des battes de Baseball, des barres en fer ou des bâtons et ce genre de choses. L'idée, c'était juste de les passer à tabac et que ça serve de leçon", a-t-il ajouté. 

Lundi soir, la ville de Dijon a de nouveau été la proie de tensions, les forces de l'ordre ayant dû disperser un attroupement d'hommes cagoulés et armés voulant défendre leur quartier.

 

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