Viol présumé au 36 quai des Orfèvres : la touriste canadienne témoigne

Viol présumé au 36 quai des Orfèvres : la touriste canadienne témoigne
Deux policiers du 36 quai des Orfèvres sont accusés d'avoir violé une touriste canadienne en avril 2014.

Orange avec AFP, publié le mercredi 29 novembre 2017 à 08h45

VIDÉO. "Ils m'ont plaqué violemment le visage contre le bureau.

Ça m'a assommée j'ai vu des étoiles". La touriste canadienne qui accuse deux policiers français de l'avoir violée, en avril 2014, dans les locaux de la police judiciaire parisienne a témoigné sur France 3.

L'affaire avait secoué le Quai des Orfèvres. Le 22 avril 2014, dans un pub irlandais en face du siège de la police judiciaire parisienne, des policiers s'étaient liés avec la touriste canadienne, fortement alcoolisée et sous l'emprise de stupéfiants. En pleine nuit, les fonctionnaires - qui n'étaient pas en service - lui avaient fait visiter les locaux. "Ils ont totalement changé d'attitude quand j'ai refusé de faire ce qu'ils me demandaient", explique à France 3, Emily Sponton, depuis la ville où elle réside dans l'Ontario. "J'avais trop peur que ça finisse encore plus mal, alors je me suis dit 'il faut que je fasse ce qu'il veulent, sinon je ne m'en sortirai pas'".



"Ils m'ont violemment plaqué le visage contre le bureau, ça m'a assommée. Je voyais des étoiles (...) Je ne voyais plus rien pendant un moment, et eux je ne les voyais pas non plus, ils étaient derrière moi", affirme-t-elle. Quelques heures plus tard, elle en était ressortie en larmes, extrêmement choquée. Elle avait porté plainte pour viol. Un des policiers avait évoqué une relation sexuelle "consentie", l'autre démentant tout rapport avant de reconnaître des "attouchements réciproques". La jeune femme, alors âgée de 34 ans, présentait plusieurs ecchymoses et une lésion au niveau des parties génitales.

"JE SUIS DEVENUE UNE PERSONNE FERMÉE ET ISOLÉE"

Des empreintes génétiques des deux fonctionnaires avaient été retrouvées sur ses sous-vêtements, ainsi qu'une troisième empreinte, inconnue. Une vaste opération de prélèvements ADN sur des fonctionnaires de la PJ avait eu lieu en septembre 2015, mais n'avait rien donné. "Ma vie aujourd'hui est complètement différente", assure la Canadienne à France 3. Ancienne photographe dans une agence de communication, la Canadienne ne travaille plus et est retournée vivre chez ses parents. "Avant, j'étais une fille joyeuse, ouverte. Désormais, je suis devenue une personne fermée et isolée. C'est pourquoi ce procès est très important pour moi".

Fin septembre, la cour d'appel de Paris avait pris le contre-pied des juges d'instruction et renvoyé deux policiers de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI), âgés de 39 et 48 ans, devant les assises pour "viols en réunion". En juillet 2016, les juges d'instruction avaient prononcé un non-lieu, mais le parquet de Paris et la jeune femme avaient immédiatement fait appel.

La chambre de l'instruction a suivi les réquisitions du parquet général qui avait estimé, lors de l'audience en juin 2017, que le "comportement jovial et libéré" de la jeune femme ne pouvait conduire à dire qu'elle avait "consenti à des relations sexuelles à plusieurs dans les locaux de la BRI". Au vu de sa forte alcoolisation, "elle était dans l'incapacité de consentir aux actes sexuels qu'elle a subis", avait insisté le ministère public.

L'enquête avait mis en lumière le comportement suspect des policiers. Le soir des faits, celui de 48 ans avait effacé un SMS adressé à un de ses collègues, l'invitant à le rejoindre rapidement car la jeune femme serait une "touseuse" (partouzeuse, ndlr). Le second avait effacé des photos et vidéos prises avec son téléphone.

Nettoyage des bureaux, verres et bouteilles d'alcool retirés, etc.: "de nombreux actes ont été accomplis par les deux policiers pour nettoyer les lieux et supprimer les preuves", a souligné Me Obadia. En juillet 2016, les juges d'instruction avaient ordonné l'abandon des poursuites à leur encontre, estimant que les propos "souvent défensifs" tenus par la touriste canadienne empêchaient "de se fonder sur la sincérité de sa parole pour reconstruire les faits".

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