Viol au 36 Quai des Orfèvres : les deux policiers condamnés ont été libérés

Viol au 36 Quai des Orfèvres : les deux policiers condamnés ont été libérés
Un policier entre dans les locaux de la police judiciaire de Paris, au 36 Quai des Orfèvres, le 6 février 2015 (illustration)

Orange avec AFP-Services, publié le vendredi 08 mars 2019 à 08h15

Les deux ex-agents de la brigade de recherche et d'intervention (BRI), condamnés à sept ans de prison pour le viol d'une touriste canadienne, ont été remis en liberté, révèle France Info jeudi 7 mars. 

Le verdict était tombé à la fin du mois de janvier. Deux policiers du 36 Quai des Orfèvres, les célèbres locaux de la police judiciaire (PJ) parisienne, avaient été reconnus coupables par la cour d'assises de Paris pour le viol d'une femme dans les bâtiments de la PJ, en avril 2014. Ils avaient écopé de sept ans de réclusion, mais tous deux ont fait appel de cette décision. Les deux hommes, âgés de 40 et 49 ans, sont désormais libres, sous contrôle judiciaire.



Laissés libres durant cinq ans

Du fait de leur appel, "on revient dans l'état initial", a déclaré l'avocat de l'un des deux policiers, Sébastien Schapira, jeudi soir sur France Info. "Et quand on revient dans l'état initial, on a le droit de bénéficier de la liberté. (..) C'est logique, parce qu'ils ont toujours été en liberté depuis maintenant bientôt cinq ans", a insisté le représentant. Les deux policiers étaient restés libres jusqu'à la tenue du procès, au début d'année. 



Soirée arrosée 

En janvier dernier, les deux fonctionnaires de la PJ avaient été reconnus coupables de "viol en réunion" sur un touriste canadienne, aujourd'hui âgée de 39 ans. Emily S. et les deux hommes s'étaient rencontrés dans la nuit du 22 au 23 avril 2014 dans un bar de la capitale, en face des locaux du "36". Ce soir là, les trois ont beaucoup bu, selon les récits faits lors du procès. Peu après minuit, la Canadienne, très fortement alcoolisée, et plusieurs policiers de la BRI se sont rendus au "36" pour une visite nocturne. "J'avais beaucoup bu, je me voyais mal rentrer à l'hôtel dans cet état et je pensais qu'en allant dans un commissariat, je me sentirais plus en sécurité", a raconté la touriste. 

État de choc

C'est à partir du moment où les policiers et la jeune femme sont entrés dans les locaux de la PJ que leurs versions divergent. Face aux enquêteurs, la plaignante a expliqué être ressortie vers 2 heures du matin, sans ses collants, en larmes et en état de choc. "Quatre policiers m'ont violée avec condoms (préservatifs)", a-t-elle raconté dans sa première déclaration à la police, le 23 avril au matin. Elle y décrivait des fellations et des pénétrations vaginales forcées. Elle parlera ensuite d'au moins trois violeurs. "Je savais que j'étais ivre et que les choses venaient de mal tourner. J'avais trop peur que ça finisse encore plus mal, alors je me suis dit : il faut que je fasse ce qu'ils veulent, sinon je ne m'en sortirai pas", a-t-elle raconté à France 3 en novembre 2017. 

Durant le procès, les accusés, Nicolas R., 49 ans, et Antoine Q., 40 ans, ont nié farouchement l'avoir violée. Le premier a évoqué une fellation consentie, sans éjaculation. Le second, après avoir démenti tout rapport, a finalement reconnu des caresses sexuelles, avec une pénétration digitale. "Il n'y a pas d'autre mot pour ça. C'est un viol", avait réagi la plaignant face aux caméras de France 3.

Analyses ADN

Par la suite, l'examen médico-judiciaire a notamment révélé une lésion gynécologique traumatique sur le sexe de la Canadienne. Les empreintes génétiques des deux accusés ont été retrouvées sur son string. Un troisième ADN se trouvait sur le sous-vêtement. Malgré une opération de prélèvement sur plus de 100 fonctionnaires de la PJ, cet ADN n'a pu être identifié. Deux caleçons d'Antoine Q. portent également l'ADN d'Emily S., mélangé à son sperme. 

Pourtant, en 2016, les juges d'instruction avaient prononcé un non-lieu pour les deux policiers, à l'issue des premières investigations. Ils pointaient alors des incohérences dans le discours de la plaignante. C'est à la suite d'un appel du parquet et de la partie civil que les policiers ont finalement été renvoyés aux assises. 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.