Vingt ans après son agression, le gendarme Nivel toujours lourdement handicapé

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Le gendarme Daniel Nivel, qui avait été  agressé par des hooligans allemands le 21 juin 1998 aux abords du stade Bollaert de Lens, assiste à un match entre la République tchèque et la Turquie au stade Bollaert, le 21 juin 2016 à Lens
Le gendarme Daniel Nivel, qui avait été agressé par des hooligans allemands le 21 juin 1998 aux abords du stade Bollaert de Lens, assiste à un match entre la République tchèque et la Turquie au stade Bollaert, le 21 juin 2016 ...
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© AFP, Denis Charlet

AFP, publié le mercredi 20 juin 2018 à 11h31

Violemment agressé par des hooligans allemands le 21 juin 1998 aux abords du stade Bollaert de Lens après un match de Coupe du monde de football, le gendarme Daniel Nivel conserve de lourdes séquelles qui le privent de toute autonomie, vingt ans après.

"Il continue à vivre paisiblement avec son handicap qui est important car il a perdu 70% de ses capacités", explique à l'AFP Me Antoine Vaast, avocat de la famille Nivel.

Agé de 63 ans, le gendarme ne peut pas sortir seul de son domicile, à cause de problèmes de perception dus "à son état neurologique, au niveau de l'audition et de la vision".

"En apparence, si on ne lui adresse pas la parole, on ne voit pas qu'il a tous ces soucis", ajoute son avocat. Mais pour vivre, "il est totalement dépendant de son épouse, qui est pleine d'entrain et d'énergie. Par un geste parfois il arrive à se faire comprendre", confie Me Vaast.

Tout a basculé le 21 juin 1998 pour ce père de famille de deux enfants, Vincent et Nicolas.

Alors que le match de Coupe du monde Allemagne-Yougoslavie (2-2) venait de se terminer au stade Bollaert, une trentaine de hooligans avaient fait irruption dans une rue où Daniel Nivel et deux collègues surveillaient un car de gendarmerie. Ses deux collègues étaient parvenus à s'enfuir et Daniel Nivel était resté seul face à la horde.

Alors âgé de 43 ans, il avait été très violemment frappé à la tête par plusieurs hooligans et plongé six semaines dans le coma.

Lors du procès en 2001 d'un de ses agresseurs, les médecins appelés à la barre avaient indiqué qu'il était pratiquement impossible de lier l'infirmité de Daniel Nivel à un coup précis.

En tout, six Allemands ont été condamnés à des peines de prison pour leur participation plus ou moins directe à l'agression.

- Fondation -

Trois se sont vu infliger en 1999 des peines allant de 3 ans et demi à six ans d'emprisonnement. Un quatrième, André Zawacki, qui s'était acharné au tromblon lance-grenades sur la tête du gendarme, a été plus lourdement condamné (dix ans).

Un cinquième hooligan, Markus Warnecke, avait été condamné en mai 2001 à cinq ans de prison ferme, alors que l'avocat général avait requis dix ans d'incarcération, le considérant comme le "meneur" de l'assaut.

Mais les différents témoignages lors du procès n'avaient pas permis d'établir avec certitude son implication lors de cette action collective extrêmement brève.

Enfin, en juillet 2003, un sixième hooligan, Daniel Kohl, avait écopé d'une peine de trois ans et quatre mois de prison.

Depuis la terrible agression, le gendarme et son épouse Lorette sont régulièrement invités par la Fédération allemande de football (DFB) à assister à des rencontres, comme Allemagne-Pologne en 2006 ou plus récemment à Allemagne-Ukraine lors de l'Euro-2016 en France.

"La fédération allemande se manifeste régulièrement. Il n'a pas été oublié de ce côté-là, ça a été un traumatisme aussi chez les Allemands. Ils ont également collecté des dons très importants" pour la famille, selon Me Vaast.

Autre legs, la création d'une fondation Daniel Nivel en octobre 2000 à l'initiative de la DFB avec la participation de la Fédération française de football (FFF), de l'UEFA et de la Fifa. Son objet est "de prévenir les incidents autour des matchs, particulièrement ceux opposant supporters et policiers".

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