Vidéos de trafiquants armés à Grenoble : des images tournées pour un clip de rap ?

Vidéos de trafiquants armés à Grenoble : des images tournées pour un clip de rap ?
Intervention policière à Grenoble, après la diffusion de vidéos montrant des trafiquants, le 26 août 2020.

publié le mardi 01 septembre 2020 à 19h30

Les images sont apparues dans un clip de rap diffusé lundi. Les autorités en recherchent les auteurs. 

La semaine dernières, deux vidéos montrant des hommes cagoulés et lourdement armés devant un point de deal à Grenoble avaient provoqué la colère des autorités et entraîné une intervention policière, le 26 août, dans le quartier du Mistral. Dans un clip mis en ligne lundi, le rappeur grenoblois Corback Hood reprend, avec des angles différents et une qualité d'image supérieure, une des deux vidéos.



Le clip ne reprend pas les images de l'autre vidéo montrant des hommes lourdement armés, filmés de haut, faisant le guet autour du même point de deal.

Et si des hommes munis d'armes automatiques apparaissent dans le clip diffusé lundi, il est précisé dans un texte à la fin de la vidéo que celles-ci sont "factices", que les produits vus "n'étaient que du CBD" (cannabidiol, la molécule non psychotrope du cannabis, ndlr) et que "seules les friandises sont vraies". 


Difficile d'affirmer pour l'heure si les images initiales ont été tournées aux seules fins de ce clip, comme l'affirmaient, dès le jour de l'intervention policière, des jeunes du quartier, ou si celui-ci a été tourné a posteriori pour désamorcer l'affaire.

Interrogé mardi par France 3, le rappeur Corbak Hood a assuré que son clip n'avait "rien à voir" avec le trafic de stupéfiants qui gangrène le quartier du Mistral. "Ça n'a aucun rapport, moi je suis un rappeur (...) ma chaîne (Youtube, ndlr) en dit long, Instagram en dit encore plus long (...) tout ça c'est de la mise en scène", a-t-il expliqué, disant avoir fait ce clip car il "galérait un peu" dans son activité musicale.

"Y avait une opportunité de buzzer et je l'ai utilisée, le clip je l'ai fait avant (la polémique, ndlr) et je l'ai laissé fuiter, comme Stromae pour le clip de 'Formidable', j'ai laissé fuiter deux-trois images", a-t-il détaillé. "J'ai attendu deux-trois jours que le buzz prenne, que ça monte, et là j'ai balancé le clip, c'est le bon moment. Je m'attendais pas à ça... Ca fait 16 heures que je l'ai posté, ça a bien marché, j'ai jamais fait 30.000 vues sur ma chaîne, mon téléphone il est bouillant (...) J'savais pas que ça allait marcher à ce point-là, faire déplacer le préfet, tout ça", souligne le rappeur.

Alors clip ou trafic ? La police recherche les auteurs du clip afin que le parquet puisse les entendre. "Il s'agit en effet de savoir qui a fabriqué ces vidéos, ce qu'il en est de la nature exacte des armes et de la drogue exposées et des liens entre les vidéastes et les trafiquants de stupéfiants du quartier", a expliqué le procureur Eric Vaillant. "L'enquête pour association de malfaiteurs (...) est toujours en cours", mais après la diffusion du clip "les policiers vont rechercher et entendre les auteurs (...) sur les faits de provocation à l'usage illicite ou au trafic de stupéfiants (5 ans d'emprisonnement encourus), port d'armes prohibé (7 ans d'emprisonnement encourus) susceptibles, entre autres, de leur être reprochés", a-t-il précisé. 

La préfecture de l'Isère a annoncé lundi avoir "amplifié" ses contrôles contre le trafic de drogue dans l'agglomération après la diffusion de ces vidéos et fait état de cinq placements en garde à vue, pour possession de "fortes sommes d'argent en espèces à proximité des lieux de trafic", ainsi que pour des "faits d'escroquerie" et de "vol". "Plusieurs saisies de drogues (résine de cannabis et cocaïne) et d'espèces ont été réalisées", a ajouté la préfecture qui annonce d'autres opérations de ce type "dans les jours et les semaines à venir" dans le département.
 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.