VIDÉO. Procès Merah : "Votre question est obscène", ou quand Dupond-Moretti et Demorand s'affrontent

VIDÉO. Procès Merah : "Votre question est obscène", ou quand Dupond-Moretti et Demorand s'affrontent
L'avocat d'Abdelkader Merah Éric Dupond-Moretti le 2 novembre 2017 à la Cour d'assises de Paris.

, publié le vendredi 03 novembre 2017 à 12h22

JUSTICE. Au lendemain de la condamnation d'Abdelkader Merah à 20 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste dans les assassinats commis par son frère Mohamed, son avocat a eu un vif échange avec le journaliste de France Inter.



Après cinq semaines d'audiences, la cour d'assises spéciale de Paris a condamné jeudi 2 novembre Abdelkader Merah à 20 ans de réclusion criminelle, la peine maximale pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, mais l'a acquitté du chef de complicité des sept assassinats perpétrés en mars 2012 par son frère Mohamed. Une décision qui a beaucoup déçu Latifa Ibn Ziaten, mère de la première victime du tueur au scooter, qui a estimé que la justice n'était pas allée "jusqu'au bout", estimant qu'"on est trop naïf en France."

Le procès d'Abdelkader Merah a été marqué par plusieurs moments de grande tension, notamment lors de l'audition de la mère des deux frères. L'avocat d'Abdelkader Merah, Éric Dupond-Moretti, avait alors déclaré que Zoulikha Aziri avait, elle aussi, "un fils qui était mort", ce qui avait déclenché la colère des parties civiles. Des reproches qui lui sont "insupportables", a-t-il témoigné vendredi matin 3 novembre sur France Inter.

Cela a donné lieu ensuite à un vif échange avec le journaliste Nicolas Demorand, qui estimait que ses remarques étaient "obscènes" (à partir de 10'34'' sur la vidéo). "Le chagrin des victimes ne peut pas être confiscatoire, lui a répondu Me Dupond-Moretti. Une mère, même si elle met au monde un enfant qui est le dernier des derniers, peut avoir de la peine. Et que vous ne compreniez pas cela m'étonne beaucoup. Ce qui est obscène, c'est de dénier à cette femme le fait qu'elle soit une mère. Ce n'est pas une vache qui a vêlé, Monsieur !



L'avocat estime que seules les familles des victimes sont légitimes à éprouver cette obscénité : "Parce que eux ont tous les droits, ils sont dans le chagrin. Vous, vous êtes un commentateur, a-t-il lancé au journaliste. Que les victimes ne comprennent même pas qu'Abdelkader Merah puisse être défendu, j'en accepte l'augure. Et d'ailleurs, j'ai dit en plaidant que je savais par avance que tous les mots que je prononcerais pour lui seraient une blessure pour les victimes. Mais pas vous, Monsieur. Demorand, pas vous."

"UN HONNEUR DE DÉFENDRE ABDELKADER MERAH"

Auparavant, Éric Dupond-Moretti avait déclaré que c'était "un honneur de défendre Abdelkader Merah", qu'il a défendu "seul contre tous" et "dans un contexte délétère". "J'en ai pris plein la gueule", a-t-il poursuivi, reprochant à ses confrères de lui avoir dit qu'il était "indigne d'être avocat", ainsi que "le déshonneur du barreau".

"C'est le procès le plus difficile de ma carrière", a-t-il affirmé. "D'abord, j'ai été insulté ; parce qu'on a menacé mes enfants ; parce que la police s'est retranchée derrière un rideau, un ou deux policiers ont eu le courage de témoigner à visage découvert et les autres n'ont pas voulu le faire en nous indiquant que c'était parce que leur hiérarchie leur avait demandé ; parce que certains confrères de la partie civile ont été dans la surenchère médiatique". Selon lui, même "le procès de Nuremberg" a été plus "digne".

Me Dupond-Moretti a salué la décision des juges , qui n'ont pas "cédé aux sirènes de l'opinion publique". "On a présenté aux victimes un faux coupable". Car si Abdelkader Merah "incarne aujourd'hui le mal absolu", il était uniquement dans le box des accusés car son frère est mort. "Est-ce qu'un type qui incarne le mal dans ce monde peut être acquitté au bénéfice du doute", a interrogé l'avocat, assurant qu'il "n'y a aucune preuve de la complicité" de son client.

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