VIDÉO. Paris : le "Medellin", un bar inspiré par Pablo Escobar, fait polémique

VIDÉO. Paris : le "Medellin", un bar inspiré par Pablo Escobar, fait polémique
Des proches de Pablo Escobar se rendent sur sa tombe pour le 1er anniversaire de sa mort, le 2 décembre 1994, à Medellin.

Orange avec AFP-Services, publié le dimanche 13 janvier 2019 à 07h14

La communauté colombienne de la capitale accuse le club de glorifier le célèbre narco-trafiquant. Le propriétaire s'en défend, assurant qu'il se contente de profiter du succès de la série "Narcos".

Des serveurs déguisés avec des gilets pare-balles servent des cocktails portant les noms de célèbres narco-trafiquants, sous l'œil d'un portrait de Pablo Escobar peint sur le mur. Bienvenue au "Medellin", un nouveau bar du centre de Paris. Depuis la rue, un simple néon rouge "Chez Pablo" indique l'entrée de ce lieu discret, matérialisée par une porte de réfrigérateur.

Le visiteur s'engouffre ensuite dans un long couloir couvert de miroirs, du sol au plafond, où résonnent les notes de la chanson "Tuyo" de Rodrigo Amarante, le générique de la série à succès "Narcos" produite par Netflix et qui retrace l'histoire du narco-trafiquant colombien. 

"C'est une orgie de sang"

Le club a ouvert ses portes en novembre 2018 dans un quartier huppé. Il a fait le buzz dès son ouverture, grâce notamment à l'écrivain et réalisateur Frédéric Beigbeder, incapable d'assurer sa chronique matinale sur France Inter après une soirée d'inauguration arrosée au "Medellin". Cette mésaventure avait signé la fin de sa collaboration avec la radio publique. 

Mais si le bar fait parler de lui, c'est surtout en raison des références à l'univers du monde des cartels colombiens. "Medellin est une très belle ville, construite sur un cimetière, elle est pleine de morts, c'est une orgie de sang", peut-on lire sur un mur. Plus loin, dans le couloir menant aux toilettes, un organigramme détaille l'organisation du cartel de Medellin. 

Indignation des Colombiens de Paris

Des symboles aussi présents dans la carte : un tacos végétarien baptisé Pacho Herrera - en l'honneur d'un des chefs du cartel de Cali -, un tacos au caviar "Hijo de puta" ("fils de pute"), vendu 90 euros, ou encore le cocktail "Maria Victoria", du nom de la veuve d'Escobar... 

Mais cette multiplication de références à l'impitoyable narco-trafiquant n'est pas du goût de tous. Une semaine après l'ouverture, des dizaines de Colombiens résidant à Paris, regroupés dans le collectif "Stop Medellin", ont appelé à manifester. "En tant que colombien, je trouve choquant qu'on puisse glorifier dans un lieu public l'assassin le plus sanguinaire de l'histoire de la Colombie", s'indigne Juan David Castillo, 35 ans, ex-avocat reconverti en cuisinier. Il fait partie des initiateurs d'un appel à la mobilisation qui a eu un grand écho en Amérique Latine, comme dans la communauté colombienne française.

"Juste un clin d'œil", selon le propriétaire

Pour Juan David Castillo, "Pablo Escobar est responsable de la mort directe de plus de 5.000 personnes en Colombie (...), pour moi c'est une insulte que des gens puissent danser" dans ce bar. "Il ne s'agit pas de nous victimiser, il s'agit de rappeler qui est le bourreau et qui sont les victimes dans cette histoire. Et le héros ce n'est pas le bourreau", juge pour sa part Angelica Toro. Cette psychologue de 36 ans est née à Medellin et "a vécu dans sa chair les années Escobar" dans les années 1980. 

Des accusations balayées par Andren Dimitris, le propriétaire du bar, qui rejette toute "vénération" d'Escobar. "Qu'on le veuille ou non, quand on pense à Medellin, on pense à Pablo, mais il n'est pas le thème principal du bar, c'est juste un clin d'œil", se défend-il, entre deux poignées de main à ses clients habitués. 

Pétition en ligne

Il reconnaît toutefois certaines maladresses, vite gommées, comme l'inscription du nom de Pablo Escobar, avec sa date de naissance et de mort, surplombant une tombe sur laquelle des clients se sont mis en scène en allumant un cierge pour se recueillir. "On a modifié parce que ça avait heurté la population colombienne. On n'était pas dans une démarche de blessure donc on a effacé", assure Andren Dimitris.

Des gestes insuffisants pour le collectif, qui demande, dans une pétition en ligne, la suppression de toute allusion à Escobar. "C'est un manque de respect envers les familles colombiennes qui ont connu la peur et la mort à cause de cet homme", proclame le texte. 

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