Vaccins obligatoires : ces médecins qui acceptent de délivrer de faux certificats

Vaccins obligatoires : ces médecins qui acceptent de délivrer de faux certificats
Certains médecins acceptent de délivrer de faux certificats aux parents anti-vaccins (photo d'illustration).

Orange avec AFP, publié le vendredi 29 septembre 2017 à 17h00

FRAUDE. Pour satisfaire les parents récalcitrants, certains soignants rédigent des certificats de contre-indication ou remplissent les carnets de santé d'enfants non vaccinés, afin que les petits puissent aller à la crèche ou à l'école.

Ils risquent pourtant une radiation à vie de l'Ordre des médecins.

Dès l'année prochaine, onze vaccins seront obligatoires, au lieu de trois actuellement. La mesure concernera les enfants nés à partir du 1er janvier 2018. Les injections obligatoires jusqu'alors sont contre la diphtérie (depuis 1938), le tétanos (depuis 1940) et la poliomyélite (depuis 1964). On parle du "DTP", qui fait l'objet de trois injections groupées avant 18 mois. Les huit autres qui s'y ajouteront étaient auparavant recommandés : coqueluche, rougeole-oreillons-rubéole (ROR), hépatite B, bactérie Haemophilus influenzae, pneumocoque, méningocoque C.



Mais de plus en plus de Français se méfient des vaccins : d'après une enquête publiée en octobre 2016, seules 69% des personnes interrogées disent faire confiance à la vaccination, proportion la plus basse depuis 2012. Les anti-vaccins fustigent leur dangerosité supposée (notamment en raison de certains adjuvants utilisés comme l'aluminium) et accusent les laboratoires de privilégier la rentabilité à la santé des enfants.

11 VACCINS OBLIGATOIRES POUR LA CRÈCHE OU L'ÉCOLE

Les onze vaccins obligatoires seront indispensables à l'enfant pour être admis en collectivité (crèche, école...). Alors, pour pouvoir scolariser leurs enfants, certains anti-vaccins rusent. Selon Le Monde et Le Parisien, des médecins acceptent de délivrer de faux certificats de contre-indication. Le quotidien francilien a joint Thomas, un médecin homéopathe qui dit comprendre leur démarche. "J'écris sur une ordonnance que l'enfant présente des contre-indications, c'est simple. On n'a pas besoin de rentrer dans le détail", explique-t-il vendredi 29 septembre. Il déclare avoir déjà fait cinq faut certificats à une mère accusant les vaccins d'avoir rendu son fils autiste à 10 mois.

Mais le risque est grand. "Vous comprenez, il y a vingt ans, on nous laissait tranquille. Maintenant, on risque d'être radié !", regrette Thomas dans Le Parisien. "On risque alors d'être poursuivi par le Conseil de l'ordre. Si on me questionne précisément sur les contre-indications de l'enfant, je n'en sais rien." Le quotidien cite le cas de Philippe Bry, ancien pédiatre homéopathe à Fondettes (Indre-et-Loire), radié à vie de l'Ordre des médecins en avril dernier après qu'un jeune patient a contracté le tétanos, alors que son carnet de santé indiquait qu'il avait été vacciné.

DEUX MÉDECINS RADIÉS EN 2016

"À l'Ordre national des médecins, on confirme que les chambres disciplinaires ont été davantage saisies de ce sujet depuis deux ans, précise Le Monde. "En 2016, deux médecins ont été radiés de l'ordre pour avoir délivré des faux certificats, contre un en 2015 et aucun en 2014."

"On appelle ça des faux, mais ce sont plutôt des dérogations", relativise Camille, 33 ans, éducatrice de jeunes enfants à Tours, qui témoigne sous couvert d'anonymat dans le quotidien du soir. Son médecin homéopathe a délivré un faux certificat de contre-indication à son fils lors son entrée en crèche. "Ne pas avoir la liberté vaccinale oblige à des chemins sinueux pour préserver ses enfants, regrette-t-elle. Ou alors il faut arrêter de travailler, faire l'école à la maison et mettre sa vie de côté, cela oblige à vivre en marge de la société".

"DÉFENSE DES LIBERTÉS INDIVIDUELLES"

Comment quantifier ce phénomène ? "C'est une pratique qui n'est pas si rare que ça", assure au Monde la docteure en géopolitique Lucie Guimier, qui a interrogé en 2014-2015 près de 300 parents sur ce sujet en Ardèche et dans l'Ain, dans le cadre de ses travaux de recherche. Ces parents récalcitrants "ont une argumentation très axée sur la défense des libertés individuelles", explique la chercheuse. "Parmi eux, on retrouve clairement les deux extrêmes de l'échiquier politique, il y a à la fois des sympathisants de l'extrême gauche écolo et des sympathisants de l'extrême droite ou de la droite dure".

PAS DE CLAUSE D'EXEMPTION

Pour laisser à la réforme le temps de se mettre en place, les premières vérifications n'auront lieu qu'à partir du 1er juin 2018. Mais parents récalcitrants ne seront pas sanctionnés. Les dispositions du Code de la santé publique qui prévoient jusqu'à six mois de prison et 3.750 euros d'amende en pareil cas seront abrogées. En revanche, l'obligation de protection des enfants sera maintenue, avec des sanctions pénales allant jusqu'à 2 ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende. Ainsi, un enfant qui aurait un handicap à cause de l'absence de vaccins aurait "légalement le droit de mettre en cause pénalement ses parents", a expliqué la ministre de la santé, Agnès Buzyn, mardi sur BFMTV/RMC.

Enfin, l'idée d'une clause d'exemption pour les parents farouchement opposés à la vaccination a été abandonnée. "Si c'est un impératif de santé publique, on ne peut pas y déroger pour des seuls motifs de conscience", argumente le ministère.

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