Vaccin Covid : AstraZeneca va livrer deux fois moins de doses que prévu à la France d'ici fin mars

Vaccin Covid : AstraZeneca va livrer deux fois moins de doses que prévu à la France d'ici fin mars
(Photo d'illustration)

, publié le mercredi 27 janvier 2021 à 12h59

Le ministère de la Santé a assuré mardi qu'il "traitera avec l'Union européenne pour demander des explications" au laboratoire britannique qui ne va finalement livrer que 4,6 millions de doses de son vaccin contre le Covid-19 d'ici fin mars.

La campagne de vaccination contre le Covid-19 en France accuse un nouveau coup dur. Après les retards annoncés de livraisons du vaccin Pfizer/BioNTech et l'ouverture de 500.000 nouveaux centres de vaccination repoussée, AstraZeneca va finalement livrer moins de doses que prévu.

Alors que le feu vert réglementaire de l'Union européenne  pour ce vaccin est attendu vendredi, le laboratoire britannique a annoncé la semaine dernière que les livraisons seraient moins importantes que prévu au premier trimestre en raison d'une "baisse de rendement" sur un site de fabrication européen.




La France ne recevra que 4,6 millions de doses d'ici fin mars, soit moitié moins qu'attendu, a indiqué mardi le ministère de la Santé. Déjà, les "problèmes dans les essais cliniques" d'AstraZeneca à l'automne avaient conduit à réviser les prévisions en forte baisse, a rappelé le ministère : au lieu des 17,5 millions de doses de décembre à mars prévues par le contrat initial, Paris n'en attendait plus que 9 millions en février et mars.

"Une grande déception"

"C'est une grande déception", a déclaré à l'AFP le ministère de la Santé, qui ajoute que le gouvernement "traitera avec l'Union européenne pour demander des explications à AstraZeneca". A Bruxelles, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a appelé lundi la patron du laboratoire britannique, afin qu'il "honore les contrats et conditions prévus dans l'accord de précommande". "Tout l'objet de (ces) contrats était de financer en amont le démarrage de la production", rappelle le ministère français, qui considère que "l'entreprise aurait dû démarrer la production dès qu'elle le pouvait" et "mettre en stock des vaccins pour commencer à nous les livrer une fois (l'autorisation) reçue".

Face à la colère des 27, le PDG du laboratoire pharmaceutique s'est défendu mardi dans une interview à l'alliance LENA (Leading European Newspaper Alliance), dont fait partie le quotidien Le Figaro,de vendre la part de vaccins destinée aux Européens "ailleurs avec profit". "Cela n'aurait aucun sens", a assuré Pascal Soriot. Le laboratoire, partenaire avec l'Université d'Oxford, s'est en effet engagé à ne pas réaliser de profits sur la vente de vaccins durant la pandémie.

M. Soriota a notamment justifié ce retard de production à cause du principe de réserver au Royaume-Uni la production des usines britanniques. "L'accord britannique a été conclu en juin (2020), trois mois avant l'accord européen (...) Londres a stipulé que l'approvisionnement provenant de la chaîne d'approvisionnement britannique irait d'abord au Royaume-Uni", a déclaré le PDG. 

Dans le contrat de précommande conclu par l'UE en août, portant jusqu'à 400 millions de doses du vaccin AstraZeneca/Oxford, "il est mentionné que les sites de fabrication britanniques étaient une option pour l'Europe, mais seulement plus tard", a-t-il précisé. Dans un passage publié par le quotidien italien La Repubblica, le patron du groupe insiste : "De toute façon, nous ne sommes aucunement engagés auprès de l'UE (...) Ce n'est pas un engagement contractuel. On a dit: on fera notre mieux, mais sans garantie de réussir".

Tensions avec l'UE

Après ces propos, Bruxelles s'est insurgé : "Nous contestons nombre d'éléments de cette interview, y compris l'idée que la production des usines britanniques serait réservée à des livraisons au seul Royaume-Uni. Ce n'est pas exact", a indiqué à l'AFP un haut responsable de l'UE. "Sur l'idée de 'faire de son mieux' : le contrat prévoit l'existence de capacités de production supplémentaires. De telle sorte que s'il y a un problème dans une usine en Belgique, nous puissions recourir aux capacités d'autres usines en Europe ou au Royaume-Uni", insiste-t-il.

Le groupe a été convoqué à deux reprises lundi pour s'expliquer devant les Etats membres et la Commission européenne, qui négocie aux nom des Vingt-Sept. Ses justifications ont été jugées "insatisfaisantes" et une autre rencontre était prévue mercredi. Mais AstraZeneca "s'est retiré" de la réunion mercredi matin, a indiqué à l'AFP un haut responsable européen. "Nous ne nous sommes pas retirés, nous assisterons à la réunion avec les représentants de l'UE plus tard dans la journée", a ensuite indiqué un porte-parole du groupe.

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