Universités: des amphis occupés, la ministre dénonce une "désinformation" sur sa loi

Universités: des amphis occupés, la ministre dénonce une "désinformation" sur sa loi
Banderole déployée le 4 avril 2018, sur une barricade de tables et de chaises, par les étudiants de Tolbiac (Paris I) qui protestent contre la réforme de l'entrée à l'université

AFP, publié le mercredi 04 avril 2018 à 21h46

Des amphis étaient occupés mercredi dans plusieurs universités et des sites totalement bloqués pour protester contre la loi sur les nouvelles modalités d'accès à la fac, cible d'"une campagne de désinformation" selon la ministre de l'Enseignement supérieur.

Ces derniers mois, les opposants à la loi de Frédérique Vidal, Orientation et réussite des étudiants (ORE), peinaient à mobiliser en dénonçant une "sélection" à l'entrée à la fac. Mais le mouvement a pris une tout autre vigueur depuis l'expulsion violente d'étudiants et de militants de la fac de droit de Montpellier, fin mars.

Actuellement, deux universités sont bloquées, Montpellier et Toulouse, selon la Conférence des présidents d'université (CPU), qui soutient la réforme.

Paul-Valéry à Montpellier n'assure plus ses cours. Une AG de quelque 3.000 étudiants a voté fin mars "un blocus illimité" jusqu'à "l'abrogation de la loi Vidal".

La faculté de droit, située dans l'autre université montpelliéraine, a rouvert mardi, dans un climat de "tension palpable", selon des étudiants du comité de mobilisation. "On croise dans les couloirs des personnes qui ont participé à l'agression", a expliqué l'une d'entre elles.

Des jeunes avaient été violemment délogés par des personnes cagoulées et armées dans la nuit du 22 au 23 mars. Le doyen et un professeur de droit ont été suspendus et mis en examen pour complicité d'intrusion. L'enseignant est aussi mis en examen pour violences aggravées.

À Toulouse, l'université Jean-Jaurès (sciences humaines) est bloquée depuis plusieurs jours. 

Des sites ont également suspendu leurs cours: à Paris, Tolbiac (Panthéon-Sorbonne, Paris-I) depuis dix jours, la faculté de lettres de Sorbonne-Université (Paris-IV) depuis mardi et Saint-Denis (Paris-VIII) depuis mardi également.

"On s'est battu pendant des années pour que la fac reste accessible à tous", explique Salomé, qui n'entend pas perdre ce droit et fait partie des étudiants mobilisés à Paris-IV.

Mercredi sur France 2, la ministre Frédérique Vidal a fustigé "une campagne de désinformation" sur sa loi, disant vouloir privilégier "le dialogue et l'écoute". 

"Il y a des amphithéâtres qui peuvent être bloqués, des assemblées générales qui se tiennent. Tant qu'on est sur le débat, la discussion argumentée, contre le projet de loi, c'est normal", a-t-elle plaidé. Mais "quand il y a des violences", cela devient "inacceptable".

- "Tournant inadmissible" à Nantes -

Mardi, la présidence de l'université de Nantes "a été prise pour cible" par "un groupe d'environ 200 personnes" qui "ont lancé des pierres sur les façades et vitres des bureaux" alors que des personnels se trouvaient à l'intérieur, selon la direction. Cette "volonté de s'en prendre physiquement aux personnes marque un tournant inadmissible", a-t-elle réagi.

"Ouvrir nos bâtiments pour que les gens puissent s'exprimer, c'est la tradition des universités et il n'est pas question de la remettre en cause. Mais les présidents d'université sont démunis face à la violence", souligne Gilles Roussel, président de la CPU.

Un "blocus illimité" d'une partie du campus de Tertre-Censive (lettres, sciences humaines) de l'université de Nantes a été voté mardi en AG et les cours ne peuvent pas se tenir dans plusieurs bâtiments, selon la direction.

Ailleurs, le bâtiment de la présidence de l'Université Grenoble Alpes (UGA) a été occupé mardi jusque dans la nuit, et des dégradations et des vols ont été constatés, a indiqué son président Patrick Lévy. 

À Bordeaux, Limoges, Tours, Nancy, Nice, Lyon-II et Dijon, des bâtiments ou des sites entiers ont été bloqués (avant un déblocage dans la journée pour Dijon). A Poitiers, le campus de sciences humaines a été débloqué après un vote en AG, alors que le bâtiment Lettres et langues restait fermé.

À Bordeaux, le campus de la Victoire est fermé et les cours transférés dans d'autres bâtiments. Les occupants d'un amphithéâtre réfléchissent à une coordination avec d'autres mouvements de lutte: postiers, ouvriers de Ford-Blanquefort, cheminots.

A Toulouse, une étudiante a été condamnée à 35 heures de Travail d'intérêt général (TIG) pour "outrage à agent", après avoir chanté la veille "un slogan sur la police" en fin de manifestation avec les cheminots, a rapporté l'intéressée. Le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) d'Olivier Besancenot a qualifié son arrestation de "provocation du gouvernement qui vise à casser le mouvement de la jeunesse naissant".

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.