Une nouvelle réforme des retraites "ne mettra pas de bonne humeur" les cheminots, avertit la CGT

Une nouvelle réforme des retraites "ne mettra pas de bonne humeur" les cheminots, avertit la CGT
Le secrétaire général de la CGT-Cheminots, Laurent Brun, lors d'une manifestation en 2018.

publié le mercredi 09 juin 2021 à 16h55

"Est-ce que vraiment la réforme des retraites c'est la priorité ? Moi, je ne pense pas", a estimé le secrétaire général de la CGT-Cheminots.

Alors que la réforme des retraites est considérée comme une "priorité" et une "nécessité absolue" par les ministres de l'Economie et de la Santé et que le flou demeure quant à une remise en chantier de ce projet avant la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron, la CGT-Cheminots prévient : une nouvelle réforme "ne mettra pas de bonne humeur" les cheminots.



"On a fait deux mois et demi de grève contre la précédente réforme. (...) Je pense que si on nous remet ça sur la table, ça ne va pas bien se passer, parce qu'on n'a pas fait deux mois et demi de grève pour rien.

(...) Ça ne nous mettra pas de bonne humeur", a averti mercredi 9 juin le secrétaire général de la CGT-Cheminots, Laurent Brun, lors d'une conférence de presse. 

"Nous sommes très contents que le système (de retraite) par points ait été mis à la poubelle", mais "les mesures d'âge qui sont annoncées sont tout aussi scandaleuses", a-t-il jugé. "Est-ce que vraiment la réforme des retraites c'est la priorité ? Moi, je ne pense pas", a-t-il ajouté. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, "ferait mieux de s'occuper" de "la relance industrielle" et des emplois, "plutôt que de nous rabâcher les vieilles antiennes 'il faut travailler plus'...", a-t-il estimé.

Quant au climat social à la SNCF, il y a "un très gros mécontentement dans l'entreprise", a souligné Laurent Brun. Le Covid-19 "a mis l'étouffoir sur des revendications et de la colère qui étaient extrêmement présentes" avant la crise sanitaire et "nous sommes aujourd'hui très clairement sur le sentier de la guerre", a-t-il affirmé. "Ce seront les cheminots" qui décideront s'il y a grève, mais "les restructurations dans l'entreprise continuent à avancer (...), le mécontentement grandit, les promesses ne sont pas tenues, le système est de plus en plus inefficace. Il est probable qu'on soit contraint de retourner à un conflit (social), ce n'est pas impossible", a-t-il considéré.

La CGT-Cheminots organise le 22 juin un "rassemblement national" devant le siège de la SNCF, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), a indiqué le leader syndical, "pour porter nos revendications sur le cadre social auprès de la direction", alors que la réforme ferroviaire a ouvert à la concurrence le transport ferroviaire de voyageurs et arrêté les embauches au statut de cheminot. La SNCF et "les entreprises privées" du secteur ferroviaire sont "en train de réduire les acquis" des salariés, a-t-il protesté. "Nous ne nous laisserons pas tondre la laine sur le dos par rapport à la mise en concurrence", a-t-il averti.

En déplacement dans le Lot la semaine dernière, Emmanuel Macron a déclaré que "rien n'est exclu" sur le dossier des retraites, mais que la réforme "très ambitieuse" présentée en 2019 ne pourrait pas être "reprise en l'état". Le chef de l'Etat a toutefois ajouté qu'il n'hésiterait pas à prendre des décisions "difficiles" d'ici l'élection présidentielle du printemps 2022. 

De son côté, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a estimé ce week-end qu'il fallait "poursuivre les réformes structurelles" et que "la priorité, ce sont les retraites". Pour le ministre de la Santé et des Solidarités Olivier Véran, réformer le système des retraites est "une nécessité absolue" pour "pouvoir le rendre pérenne". Selon une source gouvernementale, le chef de l'Etat devrait donner plus de détails sur ses intentions quant à la réforme début juillet, avec probablement le lancement d'un sommet social.

A l'instar de la CGT-Cheminots, les différents syndicats ont mis en garde ces derniers jours le gouvernement contre l'adoption avant 2022 d'une réforme des retraites, sujet "explosif" s'il en est. S'ils se refusent à "surréagir" à une réforme qui n'a pas encore été annoncée et n'est peut-être même pas encore arbitrée, ils ont l'arme au pied, estimant qu'il y a "bien d'autres priorités".

A l'origine conçue comme l'une des grandes réformes de la présidence d'Emmanuel Macron, la refonte du système de retraite a été interrompue début 2020 par le déclenchement de la crise du Covid-19. Ce projet, présenté en 2019, prévoyait un système unifié de retraite par points, remplaçant les divers régimes existants, avec un "âge pivot" pour inciter à travailler plus longtemps. Il avait été vivement décrié par ses opposants et avait provoqué d'importants mouvements sociaux

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