"Une maladie en dents de scie": des patients racontent leur Covid-19 à domicile

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L'entrée des urgences pour les ambulances à l'hôpital  de Lille, le 25 mars 2020
L'entrée des urgences pour les ambulances à l'hôpital de Lille, le 25 mars 2020
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© AFP, DENIS CHARLET

, publié le jeudi 26 mars 2020 à 13h21

"Ce sont des vagues": d'abord une grosse fatigue, des courbatures et, souvent, des difficultés à respirer. Puis, plus rien, avant le retour des symptômes. Reclus chez eux, des patients français atteints du Covid-19 décrivent à l'AFP une maladie "qui ne ressemble à aucune autre".

Esther Boissière se souvient très bien du jour où le virus a frappé à sa porte. "C'était le 12 mars. On avait acheté des bières avec mon conjoint pour regarder l'allocution" télévisée du président français Emmanuel Macron, raconte cette enseignante de 45 ans.

Une fois l'écran éteint, elle a eu "mal au crâne" et 38,2° de température, alors qu'elle ne fait "jamais de fièvre". Un médecin diagnostique le lendemain une "suspicion" de coronavirus et l'arrête quinze jours. "Mais je me dis que ça peut aussi être une grippe", dit Esther.

L'enseignante va vite déchanter. Les nuits s'enchaînent, elle se réveille souvent "trempée", tousse beaucoup. La situation s'aggrave le 20 mars, "le jour de mon anniversaire". "Pas bien du tout", la quadragénaire ressent une "oppression au niveau de la tête et de la cage thoracique". 


Respirer devient "très compliqué", sa tension descend à "10". "J'ai vraiment eu peur de mourir", dit-elle. Les pompiers se déplacent mais son cas n'est pas suffisamment grave pour nécessiter une hospitalisation. Son arrêt est prolongé.

"Le plus dur, c'est de ne jamais savoir quand ça va aller mieux. Ca vient par vagues, c'est un drôle d'effet", explique-t-elle. Elle commence à "voir le bout du tunnel" mais a toujours peur de "replonger" et s'inquiète de "garder des séquelles", notamment des lésions pulmonaires.

Claire, 28 ans et habitante de Lille (nord), espère aussi que "le pire est derrière" elle. Quand le diagnostic du médecin est tombé, elle était "choquée". Vu son âge, elle s'attendait à "de plus petits symptômes".

Aujourd'hui, à "J+12", elle dit guérir "à coup de 2% chaque jour", n'a "plus mal aux poumons" mais toujours "des courbatures et le nez qui coule". "C'est super long, ça part, ça revient, ça ressemble à rien et à tout en même temps", résume-t-elle.

- "Roulette russe" - 

L'isolement à domicile de ces malades, même si leurs cas ne sont pas les plus graves, génère souvent beaucoup d'anxiété.

"Parfois je me disais: +là ça va, mais si en pleine nuit je ne respire plus, je me mets à suffoquer, comment ça se passe ?+", explique Vasken Pekmezian, 37 ans, qui a connu une perte totale du goût et de l'odorat, autres symptômes caractéristiques.

Comme tous les patients interrogés par l'AFP, il regrette de ne pas avoir été testé. "J'ai contaminé ma femme, enceinte", peste-t-il. La transmission du virus au foetus n'est pas établie par les médecins. "Dans le même temps, ils reconnaissent qu'on n'a aucun recul", souligne-t-il.

"Psychologiquement c'est la difficulté de ne plus respirer" qui a aussi inquiété Florian Lenglet, 30 ans. "On ne veut pas se retrouver tout seul à l'hôpital" ni "abuser du 15" --le numéro des urgences-- au détriment d'un cas plus grave, mais "on se demande en permanence si on ne se met pas en danger", explique ce responsable de station-service près de Versailles en banlieue parisienne. 

Lui aussi est épuisé par les allers et retours des symptômes: "un jour, je déborde d'énergie, le lendemain je suis à plat, c'est une maladie en dents de scie qui ne ressemble à aucune autre".

"L'aspect psychologique est très compliqué à gérer. Ce n'est pas comme une mauvaise grippe. Là, on sait que c'est mortel", reconnaît Christian Quest, 45 ans, guéri depuis trois jours. "Il y a un côté roulette russe, estime ce collaborateur parlementaire. Mais, selon l'âge et les co-morbidités, il y a plus ou moins de balles dans le barillet. C'est stressant".

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