"Un tiers des médicaments ne servent à rien", dénonce le professeur Even

"Un tiers des médicaments ne servent à rien", dénonce le professeur Even
Le professeur Philippe Even publie le 24 novembre le "Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux".

, publié le mercredi 23 novembre 2016 à 12h00

"On privilégie à tort le monde du médicament. Résultat, nous sommes toujours les champions du monde en volume de la consommation de médicaments".

Le constat du professeur Philippe Even est sévère. La politique de santé en France est mauvaise et ne privilégie pas l'intérêt du patient, estime-t-il dans une interview accordée au Parisien le mercredi 23 novembre, à l'occasion de la sortie de la nouvelle édition de son "Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux".

En se basant sur 20.000 études publiées dans les meilleures revues de médecine anglo-saxonne, il y recense les médicaments qu'il considère efficaces ou inefficaces, et ceux qu'il faudrait éliminer purement et simplement. Le première édition de l'ouvrage, déjà co-écrit avec le professeur Bernard Debré, avait provoqué une controverse à sa sortie en 2012.

"IL Y A URGENCE À FAIRE LE MÉNAGE"

"Nous avons tout passé en revue. La conclusion principale est qu'un tiers des médicaments proposés ne servent à rien. C'est quand même énorme", déclare-t-il au Parisien. Dans le domaine de l'oto-rhino-laryngologie, ce taux d'inefficacité atteint même 78%, selon le professeur Even. Dans les domaines de l'allergie ou de la nutrition, la moitié des médicaments n'apportent rien au patient. "Il y a urgence à faire le ménage", assène Philippe Even. A commencer par les "poudres de perlimpinpin" utilisées pour traiter les pathologies de l'hiver : "les spécialités à base de pseudoéphédrine (utilisées contre la congestion nasale,ndlr) sont à écarter". Plusieurs antihistaminiques, utilisés dans le traitement des allergies "ont une efficacité nulle". Le Relenza et le Tamiflu, face à la grippe, "ont une efficacité faible".



La responsable de cette situation, selon le médecin ? La ministre de la Santé Marisol Touraine, entre autres, qui n'a par exemple pas suivi l'avis de la Haute Autorité de santé qui a déclaré que les médicaments utilisés contre la maladie d'Alzheimer ont une efficacité trop faible pour être remboursés. Elle "ne veut pas froisser l'opinion. A tort", accuse-t-il. Pourtant, il réfute être un opposant systématique aux médicaments. "Je crois à l'efficacité des vrais médicaments. Les antibiotiques nous protègent vraiment contre les infections. Les antalgiques nous aident à vivre sans douleur. La cortisone est une superbe molécule. les anti-hypertenseurs et l'insuline sont bien sûr essentiels", énumère le médecin.

Pour lutter contre les dérives, et remettre l'intérêt du patient au centre de la problématique, le professeur Even propose de "dérembourser totalement ceux qui ne sont pas utiles. (...) On pourrait réaffecter ces sommes à la recherche publique, à l'hôpital, à la prise en charge des personnes handicapées". Soutenu par une partie du monde médical, critiqué par une autre, Philippe Even estime qu'"il y a urgence à changer ce système, dans l'intérêt même des patients".

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