Un policier condamné à 18 mois de prison avec sursis pour avoir matraqué une "gilet jaune"

Un policier condamné à 18 mois de prison avec sursis pour avoir matraqué une "gilet jaune"
Un policier à Marseille, le 12 avril 2019. (illustration)

, publié le mardi 23 juin 2020 à 15h24

Le policier a reconnu à la barre avoir commis une "faute professionnelle", tandis que le président du tribunal a dénoté une "volonté absurde et illégitime d'en découdre".

Un policier de 47 ans a été condamné, mardi 23 juin par le tribunal correctionnel de Strasbourg, à 18 mois de prison avec sursis pour avoir matraqué une manifestante "gilet jaune" en janvier 2019. Cette peine est assortie d'un sursis simple et d'une interdiction de port d'armes pendant cinq ans ainsi que d'une inscription au casier judiciaire.

La condamnation va au-delà des réquisitions du ministère public qui avait notamment réclamé 12 mois de prison avec sursis simple à l'encontre de ce policier de 47 ans. Condamné pour "violences avec arme par personne dépositaire de l'autorité publique", ce dernier a reconnu à la barre avoir commis "une faute professionnelle" ce 19 janvier 2019, lors de l'acte IX des "gilets jaunes".

L'infraction "dénote une volonté illégitime et absurde d'en découdre", a fustigé le président du tribunal, Jérôme Lizet, à la lecture du jugement, rendu après quelques dizaines de minutes de délibéré. Certes, le tribunal a tenu compte du "contexte général" des manifestations de "gilets jaunes", quand les forces de l'ordre, samedi après samedi, essuyaient insultes et projectiles de la part de certains manifestants. Mais ce "passage à l'acte ne se justifiait absolument en rien et c'était ce qu'on pouvait appeler des violences totalement gratuites", a relevé le magistrat. "Il a manqué à ses devoirs et à son serment" en voulant "se défouler", a tonné le procureur Alexandre Chevrier, pour qui le geste de ce gardien de la paix "rabaisse l'institution qu'il est censé servir".


S'appuyant sur les images de vidéosurveillance, méticuleusement disséquées à l'audience, le magistrat a même retenu "deux coups de matraque" assénés à Marlène Lutz, 62 ans, figure locale des "gilets jaunes". Celle-ci n'était pas armée et se déplaçait alors à l'époque avec une béquille. Elle a eu besoin de onze points de suture au cuir chevelu.

Selon le rapport de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), le policier "n'était pas menacé directement ou personnellement par un manifestant ou par la victime". Les images le montrent en effet jaillir cagoulé du fourgon qu'il conduit, et a arrêté en pleine rue, pour se précipiter sur le trottoir où de nombreux "gilets jaunes" refluent. C'est à ce moment qu'il frappe derrière la tête Mme Lutz qui passe à côté de lui.

À la barre, ce fonctionnaire expérimenté aux 23 années de service, bien noté de sa hiérarchie, a peiné à expliquer son geste, ne reconnaissant qu'un unique coup de "bâton souple de défense". Il a invoqué un contexte de "stress" et de "fatigue" lors d'une journée marquée par de nombreux heurts entre manifestant et forces de l'ordre. Son avocate, Me Christine Meyer, a toutefois reconnu un "dérapage" de son client, demandant en vain une sanction plus clémente que les réquisitions. Ni elle ni son client n'ont souhaité s'exprimer après le jugement.

"Vous avez frappé par plaisir", a affirmé le conseil de la manifestante, Me Renaud Bettcher, rappelant que, le même jour, un adolescent de 15 ans avait été grièvement blessé au visage par un tir LBD à Strasbourg. "Il va falloir que les services de police commencent à se méfier (...) ils ne peuvent pas se permettre de faire tout et n'importe quoi", a déclaré l'avocat à l'issue de l'audience, alors que les manifestations se multiplient en France contre les violences policières et que les policiers disent eux-mêmes leur ras-le-bol d'être pointés du doigt. Selon Me Bettcher, le gardien de la paix, qui n'a pas encore été sanctionné par sa hiérarchie, risque désormais la radiation de la police.

Rejointe après l'audience par quelques sympathisants, dont certains vêtus d'un gilet jaune, Mme Lutz a elle dit espérer que ce jugement "serve de leçon".

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