Un mois après l'attentat, Strasbourg archive soigneusement les hommages

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Un mois après l'attentat du 11 décembre, Strasbourg archive soigneusement les hommages aux victimes, le 11 janvier 2019
Un mois après l'attentat du 11 décembre, Strasbourg archive soigneusement les hommages aux victimes, le 11 janvier 2019
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© AFP, PATRICK HERTZOG

AFP, publié le vendredi 11 janvier 2019 à 17h45

Une petite fille en larmes sur la page arrachée d'un cahier, un bout de carton clamant "Strasbourg, mon amour", une cigogne en pleurs devant la cathédrale... Les mots déposés sur des autels improvisés après l'attentat du 11 décembre sont soigneusement collectés et restaurés par les archives de la ville.

Souvent altérés par la pluie et la neige, les dessins laissés sur le parcours meurtrier de Chérif Chekatt sont confiés à l'atelier de Bernard Santoni. Commence alors pour le maître relieur et restaurateur un long processus d'archivage.

D'abord nettoyés avec un chiffon en microfibres, il sont ensuite débarrassés, à l'aide d'un pinceau en poils de chèvre, d'éventuels grains de sable et poussières. "Puis on les dépose entre deux buvards capables d'absorber trois fois leur poids en eau" et ils sont mis sous presse pour être aplatis, explique Bernard Santoni. 

Quand les documents sont séchés, au bout de quelques semaines, "je les reprends en main et je nettoie encore les poussières ainsi que les gouttes de cire qui peuvent rester", ajoute le restaurateur dans sa blouse blanche.

Sur la grande table de son atelier, les dessins déjà secs, soigneusement rangés sous plastique, sont en pile: place Kléber, rue des Orfèvres, des Arcades, du Saumon.... Ce sont les lieux où adultes et enfants, touristes et habitants, ont voulu laisser une trace écrite de leur émotion et rendre hommage aux cinq hommes tués et dix personnes blessées dans l'attentat.

"Ça ce sont des dessins d'enfants, c'est en italien, c'est dédié à l'oncle, +Zio+, qui est mort pendant l'attentat donc je pense au journaliste italien" tué, Antonio Megalizzi, 28 ans, suppose Bernard Santoni.

Sur un autre papier est écrit, "à quelques minutes près, à quelques mètres près, ça aurait pu être nous", tandis qu'un message clame "tous unis contre la barbarie" et qu'une étoile dessinée au feutre le souligne, "on pense tous à vous".

- "Course contre la montre" -

Dans un besoin spontané d'exprimer leur peine, "les gens ont pris ce qu'ils avaient sous la main", explique Franck Burckel, chargé de communication aux archives de Strasbourg.

Plus d'une centaine de messages d'hommage et de soutien ont déjà été collectés, les premiers dès le 18 décembre, soit une semaine après que Chérif Chekatt, Strasbourgeois de 29 ans, a pénétré, armé d'un pistolet et d'un couteau, dans le dédale de petites rues du centre de Strasbourg, et tué au hasard, sous les illuminations du marché de Noël.

"C'était un peu une course contre la montre face aux éléments, car pour ces documents dessinés, imprimés sur du papier machine ou sur un cahier d'écolier, la moindre goutte d'eau est fatale", explique Franck Burckel.

Pour autant, il s'agit d'une "collecte très particulière", comme après les attentats de Nice et de Paris. "Il fallait agir vite, mais sans brusquer les gens", ajoute-t-il. Les messages des proches des victimes n'ont pas été ramassés tout de suite, mais seulement après Noël.

Une fois la collecte et la restauration achevées, les documents seront photographiés, intégralement numérisés et mis en ligne, en principe au printemps. Ils seront consultables par tous sur le site des archives municipales.

Un mois exactement après l'attentat, devant le restaurant La Stub d'où sortait Pascal Verdenne, 61 ans, quand il a été tué, des bougies éteintes, des fleurs et quelques messages délavés par la pluie et la neige sont encore présents. "Toujours plus forts, toujours plus soudés", proclame une pancarte en carton encore accrochée avec des ficelles place Kléber.

En début de semaine prochaine, les derniers documents en bon état seront collectés pour être archivés. Le reste sera regroupé place Kléber, au coeur du Strasbourg historique, choisie comme lieu de mémoire du traumatisme de la ville.

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