Un journaliste franco-marocain jugé "suspect" expulsé d'une église

Un journaliste franco-marocain jugé "suspect" expulsé d'une église©Reuters

, publié le mardi 02 août 2016 à 21h38

Un correspondant local de Ouest France a été escorté par les gendarmes en dehors d'un lieu de culte pendant la messe de dimanche 31 juillet.
Victime de délit de faciès ou de la paranoïa qui envahit peut-être la société française dans un climat tendu par les attentats terroristes, un journaliste du quotidien Ouest France a été invité à sortir d'une église de Châteaubriant en Loire-Atlantique dimanche 31 juillet. Ce Franco-marocain de 46 ans est le correspondant local du journal depuis quelques mois et il était venu assister à l'office du père Patrice Éon, pour « prendre le pouls de la communauté chrétienne » cinq jours après l'assassinat de l'abbé Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray.
Le journaliste avait préalablement rencontré le prêtre la veille lors d'une interview et voulait simplement écouter sa messe en cette journée décrétée comme celle de la fraternité et durant laquelle les lieux de culte chrétiens avaient promis d'ouvrir leurs portes à la communauté musulmane.

Pourtant, alors qu'une centaine de personnes étaient rassemblées dans l'église, l'homme a été approché par deux femmes gendarmes qui l'ont escorté sur le parvis de la bâtisse. « Elles m'ont demandé si c'étaient mon sac et mon casque qui étaient au sol. J'ai répondu 'oui' et elles m'ont demandé de les suivre à l'extérieur », a raconté le journaliste à Ouest France. Après quelques vérifications, les deux gendarmes ont constaté que l'homme n'était pas dangereux et se sont confondues en excuses, tout comme le maire de la commune un peu plus tard. C'est un paroissien qui avait donné l'alerte en jugeant que le journaliste avait l'air « suspect ».
Le correspondant du quotidien assure avoir ressenti « un sentiment d'humiliation » même s'il ne garde pas de rancœur après cette méprise malheureuse. « C'est tombé sur moi, mais je pardonne. La peur n'est pas quelque chose de raisonné. Ce qui s'est passé servira peut-être de leçon et permettra à chacun d'être plus prudent et moins jugeant afin que ça ne se reproduise plus », a-t-il déclaré à Ouest France.
Après les excuses présentées par le maire de la ville et par plusieurs paroissiens, le père Patrick Éon a aussi publié un communiqué pour dénoncer cet amalgame dangereux. « Va-t-on se mettre à suspecter tout visage nouveau qui entre dans notre assemblée sous prétexte que nous ne le connaissons pas ? Je sais que le climat est à la peur, mais justement, parce que le climat est à la peur, il faut raison garder ! L'église est un sanctuaire, un lieu sacré, un lieu où l'hospitalité est sacrée. Au nom de toute la communauté chrétienne, je demande pardon au correspondant local d'Ouest-France pour ce qu'il lui est arrivé dimanche », a-t-il notamment estimé dans ce document.

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