Un jeune sur deux pourrait passer au travers des aides publiques auxquelles il a le droit

Un jeune sur deux pourrait passer au travers des aides publiques auxquelles il a le droit
Des amis profitent du beau temps à Paris.

, publié le mardi 02 mars 2021 à 14h00

Si certains jeunes renoncent à demander les aides auxquelles ils ont droit par choix, d'autres, plus nombreux, ne connaissent pas l'existence de ces aides. 

Alors que plusieurs mesures à destination des jeunes ont été prises par l'exécutif, un baromètre de la jeunesse* révèle que plus d'un jeune sur deux pourrait passer au travers des aides publiques auxquelles il a le droit. Selon des chiffres de 2016, au cours des douze derniers mois, 18% des 18-30 ans ont déclaré avoir été en situation de non-recours à une aide publique et 38% ont déclaré ne pas savoir s'ils ont été en situation de non-recours. Les auteurs du baromètre ont proposé de rassembler ces deux résultats en faisant l'hypothèse que certains jeunes ne peuvent pas savoir s'ils ont ou non renoncé à des droits puisqu'ils ne les connaissent pas.

C'est pourquoi ils estiment que "le non-recours pourrait potentiellement concerner plus d'un jeune sur deux (56%)".



S'agissant des personnes indiquant avoir été en situation de non-recours au cours des douze derniers mois (18% des 18-30 ans), le rapport insiste "sur la relation entre vulnérabilité et non-recours", note Benjamin Vial, un chercheur en sciences sociales rattaché au laboratoire Pacte de l'université Grenoble-Alpes qui vient de consacrer une thèse** aux sans-diplômes qui échappent aux mécanismes d'insertion. En effet, les jeunes qui déclarent s'être retrouvés en situation de non-recours au cours des douze derniers mois se retrouvent davantage au sein des jeunes peu ou pas qualifiés, ni en emploi, ni en formation (28%), des chômeurs (27%) et des bas revenus (26%). Ces résultats conduisent les auteurs du rapport à souligner que "la part de jeunes qui se dit concernée par le non-recours diminue à mesure que le niveau de vie s'améliore".

Dans sa thèse, Benjamin Vial pointe les raisons qui expliquent que des personnes renoncent à des droits ou des services. "J'ai remarqué qu'il y avait chez les jeunes une articulation particulière où la non-connaissance (je ne connais pas mes droits donc je ne suis pas en mesure de les demander) et la non-demande (je connais mes droits mais ne les demande pas) s'alimentent mutuellement pour produire ce que j'ai qualifié de non-concernement", explique-t-il dans un entretien à l'AFP

"Il existe par ailleurs une régulation de la diffusion de l'information par les institutions et les professionnels, qui s'explique notamment par un manque de moyens humains et par un manque de place dans les dispositifs", ajoute le chercheur. "En effet, si tous les jeunes éligibles demandaient leurs droits, cela créerait une saturation dans les institutions et les professionnels ne seraient pas en mesure de les accompagner de façon satisfaisante. C'est d'ailleurs déjà le cas sur certains territoires particulièrement touchés par la pauvreté et la précarité".

"Au-delà du caractère subi des difficultés d'accès aux droits sociaux, il existe également une part de choix dans le non-recours aux dispositifs d'insertion", pour Benjamin Vial. "Les jeunes peuvent décider de se débrouiller par leurs propres moyens, après une ou plusieurs mauvaises expériences avec les institutions." Il note aussi dans certains discours "une forme de valorisation du comportement de non-recours comme preuve d'autonomie : 'si je suis capable de me passer de l'aide publique, c'est que je suis capable de devenir un adulte comme les autres'."

Des cheminements de retour vers l'insertion existent et le chercheur en repère trois. "D'abord 'la réaffiliation institutionnelle', qui exprime le besoin pour les jeunes d'être inscrits quelque part pour exister socialement", de "se réinscrire dans la norme". Deuxième cheminement, "'l'envie d'une autre vie', caractérisée par le besoin d'une vie plus stable, moins précaire, plus 'adulte'". Troisième cheminement, "'le retour à la case départ', qui est contraint par la répétition des expériences négatives, l'accumulation des échecs personnels et la précarité socioéconomique". "Les personnes se résignent à solliciter l'aide publique faute de pouvoir se débrouiller par leurs propres moyens. Elles ne se projettent pas dans un retour en formation. Il est donc beaucoup plus compliqué de les accompagner."

Au regard de ses recherches, Benjamin Vial se prononce pour une extension du revenu de solidarité active (RSA) aux 18-25 ans. Le débat, très vif actuellement dans la sphère politique, est selon lui "enfermé dans un faux dilemme : soit les jeunes ont accès au RSA mais il y aura une dégradation de la qualité de l'accompagnement, soit ils accèdent à un accompagnement de qualité mais sans avoir droit au RSA". Or, "on peut tout à fait concilier les deux", le risque étant que "l'absence de revenu minimum encourage sinon oblige les jeunes à se passer de l'aide publique et à faire le pari du marché de la précarité."


*Ce premier baromètre sur la jeunesse de la Direction de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la vie associative (DJEPVA), réalisé par l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (Injep) et par le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc), s'appuie sur un échantillon de 4.000 jeunes âgés de 18 à 30 ans et sélectionnés selon la méthode des quotas.

** La thèse de Benjamin Vial est accessible en ligne : https://halshs.archives-ouvertes.fr/tel-03110601/document

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