Un jeune Guinéen en voie de régularisation après une grève de la faim d'une boulangère

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Le boulanger Stéphane Ravacley qui a obtenu la régularisation de son apprenti guinéen au prix d'une grève de la faim pose devant ses pains, le 6 janvier 2021 à Besançon (Doubs)
Le boulanger Stéphane Ravacley qui a obtenu la régularisation de son apprenti guinéen au prix d'une grève de la faim pose devant ses pains, le 6 janvier 2021 à Besançon (Doubs)
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© AFP, SEBASTIEN BOZON

, publié le jeudi 04 mars 2021 à 16h28

"Grâce à Patricia, je peux dire que ma vie est sauvée en France": dans l'Ain, Mamadou Yaya Bah, un migrant guinéen de 20 ans voulant devenir boulanger, rend hommage à son employeuse qui au terme d'une grève de la faim de 15 jours à fort écho médiatique lui a permis d'entrevoir l'horizon d'une régularisation.

A la sortie de la préfecture de Bourg-en-Bresse, Yaya montre fièrement son récépissé de demande de titre de séjour. "C'est la liberté", clame le jeune homme sous les applaudissements de la dizaine de personnes venues en soutien. 

Patricia Hyvernat se tient à ses côtés dans un costume bleu marine, très apprêtée, un large sourire sous son masque. 

La boulangère est "méconnaissable" de l'avis d'un client venu célébrer la nouvelle, bien loin de la femme "au bord de l'hospitalisation" mardi 23 février, au quinzième et dernier jour de sa grève de la faim, qui lui a fait perdre au moins sept kilos. 

La quinquagénaire ne regrette rien : "je voulais vraiment l'aider et je ne voulais vraiment pas qu'il retourne dans son pays, ça c'était évident". 

Au député marcheur de la circonscription qui a fait le lien avec la préfecture pour l'inciter à réexaminer le dossier de M. Bah et qui l'implorait de s'alimenter de nouveau, elle avait opposé une fin de non-recevoir: "Pas tant que je n'avais pas de nouvelles fermes".

Dix jours plus tard, "suite à la formalisation d'une promesse d'embauche (....) par Mme Hyvernat, pièce essentielle prouvant la bonne intégration professionnelle de M. Bah", la préfecture fournit le sésame qui annule pour le jeune homme la mesure d'obligation de quitter le territoire français émise à son encontre à sa majorité, il y a deux ans et demi.

- "le droit de vivre sereinement" -

"Ça change énormément parce que ça m'apporte beaucoup de droits que je n'avais pas avant: le droit de me former professionnellement, le droit de travailler, le droit de rester sur le sol français, le droit de vivre sereinement", analyse M. Bah. 

Le jeune homme est arrivé en France à l'âge de 16 ans après avoir quitté la Guinée et vécu l'emprisonnement en Libye, selon Mme Hyvernat.

Entre lui et Patricia et Henry-Pierre, couple d'artisans-boulangers à La-Chapelle-du-Châtelard, la rencontre se fait en 2018 lors d'un stage de découverte du métier dans leur ferme-atelier. 

"Il est solaire, c'est une tornade", loue la boulangère, qui dès lors prend le mineur non accompagné sous son aile et lui enseigne le métier.

Pendant toute cette période, Yaya est hébergé dans un foyer Emmaüs d'un village voisin où il est compagnon. 

"On le voyait arriver à huit heures le matin mais j'ignorais qu'il s'était levé au milieu de la nuit pour aller faire de la boulangerie. Je ne l'ai appris que récemment, quand il a commencé à venir avec des viennoiseries", explique Clément Gely, co-responsable de la communauté de Servas. 

"Maintenant son avenir est en France, il va pouvoir s'épanouir", ajoute-t-il, tandis que ses anciens compagnons d'infortune fêtent le jeune homme qui va désormais vivre chez ses nouveaux patrons.

- "Situations ubuesques" -

A la fin des réjouissances, Stéphane Ravacley et Laye Fodé Traoré font une entrée surprise dans le foyer. La grève de la faim de ce boulanger de Besançon pour son apprenti africain a donné l'idée à Mme Hyvernat de l'imiter. "Une locomotive", selon ses dires.

Sur Internet, sa pétition lancée en janvier avait dépassé plus de 240.000 signatures en quelques jours. 

"Je ne pensais pas que mon action allait engendrer d'autres mouvements", s'étonne cet homme de 50 ans qui a conseillé sa consoeur de l'Ain lorsqu'elle a cessé de s'alimenter. "On a été très souvent au téléphone puisque je savais qu'elle n'était pas faite comme moi, car j'avais du gras pour moi", s'amuse l'artisan bisontin en référence à sa morphologie.

Mais derrière l'humour, la colère est intacte face aux "situations ubuesques" des jeunes migrants volontaires pour travailler dans des secteurs qui peinent à attirer. "On n'a pas d'apprentis qui viennent nous voir. On a de jeunes migrants qui ont faim de travailler mais on ne nous permet pas de les accepter", tonne le patron.

Pour Yaya, l'apprentissage débutera mi-mars au CFA d'Ambérieux-en-Bugey qui a accepté de le prendre en cours d'année grâce aux bases acquises chez les Hyvernat. 

Ses nouveaux employeurs qui voient leur nouvelle recrue leur succéder se sont trouvés une vocation dans cette épreuve.

"On aimerait créer un lieu pour former les jeunes migrants hors formation autour des métiers de bouche et en leur apportant un soutien psychologique. Leur formation leur permettrait ensuite de s'intégrer", explique la boulangère.

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