Un "gilet jaune" éborgné reçoit 30.000€ d'indemnisation provisoire

Un "gilet jaune" éborgné reçoit 30.000€ d'indemnisation provisoire
(illustration)

publié le jeudi 03 juin 2021 à 14h00

Manuel Coisne avait été blessé par un grenade lacrymogène le 16 novembre 2019, à Paris.

La Commission d'indemnisation des victimes d'infraction (Civi) du tribunal judiciaire de Paris a accordé jeudi 3 juin 30.000 euros d'indemnisation provisoire à Manuel Coisne, "gilet jaune" éborgné à Paris en novembre 2019.

Manuel Coisne avait été blessé à l'œil par une grenade lacrymogène le 16 novembre 2019 lors d'une manifestation déclarée et autorisée des "gilets jaunes" place d'Italie à Paris qui avait dégénéré avant d'être annulée par la préfecture de police. Sur la vidéo, extrêmement virale, témoignant du moment de sa blessure, on voit cet homme âgé alors de 41 ans discuter à l'écart du chaos avec d'autres manifestants, à proximité du centre commercial Italie 2.

Soudainement, un projectile vient heurter violemment son œil gauche. 

Violences "incontestables"

Une enquête avait été ouverte, rapidement confiée à un juge d'instruction, pour "violences volontaires par une personne dépositaire de l'autorité publique suivies de mutilation ou infirmité permanente", une infraction criminelle. Trois jours après la blessure, une expertise médicale avait certifié que la perte de l'œil était totale et définitive, avec séquelles esthétiques et fonctionnelles.

Dans sa décision, la Civi estime que les violences "sont incontestables et qu'aucune faute ne peut être relevée à l'encontre (de Manuel Coisne) dans la mesure où, comme en témoigne l'examen des faits filmés par plusieurs caméras, il était en train de discuter calmement". "Il est établi qu'il a reçu un projectile destinée à la diffusion de gaz lacrymogène, dont l'utilisation n'avait pas pour vocation d'atteindre un individu sur le corps pour le neutraliser", ajoute la Civi.

La commission estime "établi que Manuel Coisne a été victime de faits qui présentent le caractère matériel d'une infraction" et l'indemnise donc "à titre de provision" de 30.000 euros. Elle demande une expertise médicale concernant ses blessures.

"L'indemnisation définitive, qui sera probablement très importante, sera à la charge du contribuable. Les violences policières et l'usage criminel d'armes inadaptées par le préfet Didier Lallement et ce gouvernement auront un coût considérable, mais ce n'est rien à côté de la souffrance de Monsieur Coisne", a estimé son avocat, Me Arié Alimi.

Dans ce dossier, selon une source proche du dossier, une expertise judiciaire est en cours pour corroborer une enquête vidéo du Monde de décembre 2019 qui avait identifié un tireur potentiel de la grenade lacrymogène. Cette expertise pourrait déboucher sur la mise en cause d'un policier, d'après cette source.
 

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