Un "gilet jaune" dénonce le fichage de blessés dans les hôpitaux parisiens

Un "gilet jaune" dénonce le fichage de blessés dans les hôpitaux parisiens
L'avocat Arié Alimi en octobre 2017 à Paris

AFP, publié le vendredi 19 avril 2019 à 17h27

Un "gilet jaune" blessé le 9 février va déposer vendredi une plainte contre X, soupçonnant un possible fichage "illicite" par l'hôpital parisien l'ayant opéré, a annoncé son avocat à l'AFP.

Ce jour-là, à proximité de l'Assemblée nationale, ce manifestant âgé de 30 ans, Sébastien Maillet, avait eu la main arrachée par une grenade GLI-F4 qui avait explosé. Il avait ensuite été opéré à l'hôpital européen Georges-Pompidou, dans le XVe arrondissement de la capitale.

Sa plainte repose sur un article publié mercredi par la Canard enchaîné. L'hebdomadaire fait état d'un recensement nominatif par les hôpitaux parisiens des personnes blessées lors des manifestations des "gilets jaunes", dans un fichier appelé "SI-VIC" (système d'information pour le suivi des victimes), et mis en place après les attentats de 2015 pour faciliter l'identification des victimes d'attaques.

Cette plainte contre X, qui doit être déposée vendredi au parquet de Paris et dont l'AFP a eu connaissance, vise les infractions de "collecte illicite de données à caractère personnel" et de "violation du secret professionnel".

Le jeune homme, qui se base sur les informations du Canard enchaîné, estime que le fichier a été détourné de sa finalité, avec "pour objectif de créer une liste de personnes militantes". Il fait valoir que son nom a "très certainement" été enregistré dans ce fichier sans son accord et que les médecins ont donc potentiellement violé "le secret professionnel" en dévoilant le nom d'un de leurs patients, militant de la cause des "gilets jaunes".

"Certains événements politiques comme le mouvement des gilets jaunes révèlent que des administrateurs, des hauts fonctionnaires, peuvent se comporter comme des voyous en violant la loi et en faisant du fichage discriminatoire à raison de l'appartenance politique, et plus odieux encore, au sein même des hôpitaux publics sur des blessés dont certains gravement mutilés", a commenté auprès de l'AFP Arié Alimi, l'avocat du trentenaire.

Le Conseil national de l'Ordre des médecins a par ailleurs indiqué vendredi avoir saisi le ministère de la Santé et la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) sur l'utilisation de ce fichier "dans le contexte du mouvement social dit des gilets jaunes".

Alerté notamment par des médecins "responsables de départements d'information médicale ou de services d'urgence", l'organisme déontologique dit partager "les interrogations de ces médecins au regard du secret médical".

Le mouvement des "gilets jaunes", né de la contestation d'une hausse des taxes sur les carburants -depuis annulée-, doit connaître samedi son 23e samedi de mobilisation. 

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