Un camp de migrants violemment démantelé à Paris, Gérald Darmanin dénonce des "images choquantes"

Un camp de migrants violemment démantelé à Paris, Gérald Darmanin dénonce des "images choquantes"
Scène de violences lundi 23 novembre place de la République lors d'un démantèlement de camp de migrants.

, publié le mardi 24 novembre 2020 à 08h00

Le ministre de l'Intérieur demande "un rapport circonstancié" après le violent démantèlement place de la République à Paris d'un camp de migrants, en errance depuis l'évacuation d'un important camp d'exilés à Saint-Denis la semaine dernière.




En plein centre de Paris, place de la République, plusieurs centaines de migrants ont monté un campement lundi soir 23 novembre, encadrée par plusieurs associations, parmi lesquelles Utopia 56 et Solidarité Migrants Wilson. En moins de deux minutes, environ 500 tentes bleues se sont déployées sous la statue de la République, vite investie par des centaines d'exilés, pour l'écrasante majorité originaires d'Afghanistan. 

Ils étaient en errance depuis le démantèlement d'un important camp d'exilés la semaine dernière à Saint-Denis.

"Ils ont été laissés sur le carreau et invisibilisés, mais eux aussi ont besoin d'un hébergement, surtout en pleine crise sanitaire", a déploré Maël de Marcellus, responsable parisien de l'association Utopia56.

Mais à peine une heure après l'installation, les forces de l'ordre ont commencé à enlever une partie des tentes, parfois avec des exilés encore à l'intérieur, sous les cris et huées de militants et de migrants. Et c'est finalement sous les tirs de gaz lacrymogène et de grenades de désencerclement que quelques centaines d'exilés et leurs soutiens ont finalement été dispersés par les forces de l'ordre dans les rues de l'hypercentre de Paris. 

"L'Etat donne de lui-même un spectacle lamentable"

"L'Etat donne de lui-même un spectacle lamentable" en apportant "une réponse policière à une situation sociale", a commenté auprès de l'AFP Ian Brossat, adjoint de la mairie de Paris en charge notamment de l'accueil des réfugiés.

"Des citoyens engagés, des avocats, des élus s'interposent entre les forces de l'ordre et des migrants en errance, non obligés d'installer leurs tentes où ils le peuvent. Ordre de démonter, d'évacuer... mais pour aller où ?", s'est de son côté interrogé Audrey Pulvar sur Twitter, également d'ajointe d'Anne Hidalgo, présente sur place. 



Une violence également dénoncée par le député de La France insoumise Eric Coquerel, qui était également sur place. 


Le journaliste Rémy Buisine a affirmé de son côté s'être fait violenter par la police. 



Darmanin réclame un rapport

Plus tard dans la nuit, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a évoqué, sur Twitter, des images "choquantes". "Je viens de demander un rapport circonstancié sur la réalité des faits au Préfet de police d'ici demain midi. Je prendrai des décisions dès sa réception", a-t-il ajouté.



"La constitution de tels campements, organisée par certaines associations, n'est pas acceptable. La préfecture de Police a donc procédé immédiatement à la dispersion de cette occupation illicite de l'espace public", ont indiqué dans un communiqué conjoint la Préfecture de police et celle de la région Île-de-France (Prif), qui gère les opérations de mise à l'abri. "Toutes les personnes en besoin d'hébergement sont invitées à se présenter dans les accueils de jour où des orientations vers des solutions d'hébergement adaptées à leur situation sont proposées très régulièrement aux migrants", ont-elles ajouté.

"On ne répond pas à la misère par la matraque. La mise à l'abri des migrants du campement de Saint-Denis restés à la rue est urgente, indispensable, indiscutable. Il en va de l'honneur de la République française", a réagi Delphine Rouilleault, directrice générale de France terre d'asile, association et opérateur de l'Etat sur la gestion des campements.

"La seule réponse des autorités, c'est la force. Et la force, en période de crise sanitaire, ce n'est pas acceptable", ajoute Corinne Torre, responsable de Médecins sans frontière en France, réclamant elle aussi un hébergement. 

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