Un boulanger de Besançon entame une grève de la faim pour obtenir la régularisation de son apprenti guinéen, menacé d'expulsion

Un boulanger de Besançon entame une grève de la faim pour obtenir la régularisation de son apprenti guinéen, menacé d'expulsion
Stéphane Ravacley dans la boulangerie de Besançon, le 6 janvier 2021.

publié le mercredi 06 janvier 2021 à 13h00

La maire EELV de la ville a écrit au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin pour lui demander de s'"opposer à cette expulsion et de régulariser la situation de Laye Fodé Traoré". 

Stéphane Ravacley sera-t-il entendu ? Ce boulanger de Besançon a entamé dimanche 3 janvier une grève de la faim pour garder son apprenti guinéen Laye Fodé Traoré, un jeune majeur visé par une obligation de quitter le territoire français (OQTF) et menacé d'expulsion. 



Le patron de la Huche à Pain ne s'alimente plus depuis dimanche à minuit. "J'ai 50 ans, j'ai fait trois embolies pulmonaires en trois ans, mon médecin me dit que je suis fragile, mais je m'en fous, je sais que j'ai raison", a-t-il expliqué mardi 5 janvier à l'AFP, déterminé à tout faire pour garder celui qui travaille avec lui depuis septembre 2019.

C'est à cette date que Stéphane Ravacley a pris en contrat d'apprentissage de deux ans ce "bon gamin", parti de Guinée et arrivé en France comme mineur isolé après "avoir traversé le Mali et la Libye" puis "la Méditerranée en bateau gonflable". "Discret", mais avide d'apprendre le métier, Laye s'est immédiatement montré volontaire et travailleur, poursuit l'artisan qui œuvre six jours sur sept de 3 heures du matin à 20 heures, avec une pause en milieu de journée. 

"Il y a une place pour lui dans mon fournil", insiste le boulanger qui prévoyait de le prendre comme ouvrier au terme de sa formation.

Mais en novembre, la tutrice du foyer de Gray-la-Ville (Haute-Saône), qui suit le jeune homme lui a annoncé que son apprenti, devenu majeur, faisait désormais l'objet d'une OQTF et devrait cesser de travailler auprès de lui.


Le jeune Guinéen a saisi le tribunal administratif de Besançon sur le fond pour contester l'OQTF et le refus d'octroi de titre de séjour de la préfecture de la Haute-Saône. Son recours sera examiné le 26 janvier. Il avait été débouté d'un premier recours en référé en décembre. 

La maire EELV de Besançon, Anne Vignot, a écrit mardi au ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, pour lui demander de s'"opposer à cette expulsion et de régulariser la situation de Laye Fodé Traoré". "Notre pays a recueilli cet adolescent. Il l'a formé. Laye Fodé Traoré s'est intégré (...). Cette volonté d'expulser ce futur boulanger est incompréhensible", estime-t-elle, appelant le ministre à "ouvrir les yeux sur la réalité à laquelle sont confrontés ces jeunes migrants".

"On perd 70% des jeunes après le CAP parce qu'ils n'ont plus envie ou parce que les patrons ne s'occupent pas bien d'eux", déplore le boulanger bisontin, qui peine comme beaucoup d'artisans à trouver des apprentis. "Alors pourquoi on n'accepte pas ces gamins qui meurent de faim dans leur pays et veulent travailler chez nous ? Ils ne prennent pas la place des Français", insiste-t-il.

Stéphane Ravacley dénonce "la politique à court terme" du gouvernement : "ces gamins, on les accueille, les habille, les nourrit, on les forme jusqu'à leur majorité et à 18 ans, plus rien. Ils se retrouvent à la rue, aux mains des passeurs". Il entend ainsi soutenir "cette nouvelle génération de migrants qui arrive et peuple les boulangerie et les restaurants".

Le boulanger a lancé une pétition sur internet (https://www.change.org/p/contre-l-expulsion-de-laye-notre-apprenti-boulanger-%C3%A0-ses-18-ans). Relayée notamment par l'eurodéputé Raphaël Glucksmann (Place Publique), elle a recueillie plus de 130.000 signatures de soutien mercredi midi. 
 

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