Tuberculose : l'IHU du Pr Raoult a donné des traitements "malgré les réserves" des autorités sanitaires, une inspection demandée

Tuberculose : l'IHU du Pr Raoult a donné des traitements "malgré les réserves" des autorités sanitaires, une inspection demandée
Le professeur Didier Raoult, qui dirige l'IHU de Marseille, en juin 2020.

publié le mercredi 27 octobre 2021 à 22h00

Des premières investigations de l'Agence du médicament et de l'AP-HM confirment des révélations de Mediapart portant sur des essais cliniques irréguliers menés à IHU. 

Des essais cliniques irréguliers à l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille, dirigé par le professeur Didier Raoult ? L'Agence du médicament (ANSM) a annoncé mercredi 27 octobre qu'elle allait "diligenter une inspection au sein" de l'établissement, qui a "continué à délivrer" des traitements contre la tuberculose sans son autorisation. L'ANSM a également indiqué à l'AFP qu'elle avait saisi le procureur de la République pour ces faits confirmés par l'Assistance publique des hôpitaux de Marseille (AP-HM).



Le 22 octobre, Mediapart a révélé que "depuis 2017", l'IHU "mène une expérimentation sauvage contre la tuberculose, provoquant chez plusieurs patients, dont un mineur, de graves complications". Selon le site d'information, cette expérimentation utilisait une combinaison de quatre médicaments dont l'efficacité conjointe n'avait jamais été évaluée et était menée malgré le refus de l'ANSM, qui doit donner son aval aux recherches impliquant des êtres humains, en particulier les essais cliniques de médicaments.

L'ANSM a indiqué avoir été "alertée en mai 2021 (...) sur de possibles manquements de l'IHU de Marseille" quant à la réglementation de ces essais. "Aux termes de nos premières investigations, nous considérons que certaines études auraient dû être menées conformément à la législation encadrant les recherches impliquant la personne  humaine (...). Ceci n'est pas admissible", a indiqué l'autorité.



L'AP-HM, qui a mené une enquête interne rapide face à la "gravité potentielle des faits relatés", a indiqué mercredi qu'un "protocole de recherche sur cette combinaison d'antibiotiques avait bien été déposé". Une porte-parole a précisé à l'AFP que ce protocole avait été déposé en août 2019, mais qu'il avait été retiré un mois plus tard "compte tenu des réserves émises par l'ANSM". Or, "en l'absence d'essai ouvert et malgré les réserves émises par l'ANSM, l'IHU Méditerranée a continué à délivrer ces traitements", a expliqué la porte-parole de l'AP-HM.

L'enquête menée par l'organisme, dont dépend l'IHU, confirme également que "certains" des patients traités contre la tuberculose avec la combinaison d'antibiotiques mise en cause ont été "atteints de complications rénales dont au moins un d'entre eux a nécessité une intervention chirurgicale", a écrit l'AP-HM, qui va poursuivre ses investigations, en lien avec les autorités de tutelles compétentes, notamment l'ANSM.

"Les dernières 'révélations' sont une tempête dans un verre d'eau", avait réagi lundi sur Twitter le professeur Raoult.



L'IHU et le professeur Raoult ont rencontré un fort écho médiatique au début de la pandémie de Covid-19, en 2020, en prônant l'hydroxychloroquine comme traitement de la maladie, malgré l'absence d'effet prouvé.
 

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