Tribunal de Paris: l'architecte voulait "détruire les symboles des anciens palais"

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Bernard Plattner, l'architecte du nouveau palais de justice de Paris, dans les bureaux parisiens de l'agence RPBW, le 4 avril 2018
Bernard Plattner, l'architecte du nouveau palais de justice de Paris, dans les bureaux parisiens de l'agence RPBW, le 4 avril 2018
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© AFP, Philippe LOPEZ

AFP, publié le vendredi 13 avril 2018 à 11h59

Fini les colonnades et les statues impressionnantes: place à la lumière et à la transparence. L'architecte du nouveau tribunal de Paris, qui accueillera lundi sa première audience, a expliqué à l'AFP avoir voulu "détruire les symboles des anciens palais" pour apaiser les justiciables. 

"L'architecte a des moyens limités pour faire du bien à l'humanité", confie à l'AFP Bernard Plattner, l'architecte franco-suisse en charge du nouveau palais de justice de Paris, au sein de l'agence RPBW, du célèbre Renzo Piano. "On ne va pas changer la justice mais on peut oeuvrer pour que les gens disent: + On se sent bien dans ce bâtiment +".  

Le tribunal de grande instance de Paris quitte à la fin de la semaine ses murs historiques de l'Ile de la Cité pour cet édifice ultra-moderne au nord-ouest de Paris, dans le quartier des Batignolles, à quelques mètres du périphérique. 

L'Italien Renzo Piano avait déjà bouleversé l'architecture parisienne avec le centre Pompidou. Pour le tribunal, lui et Bernard Plattner ont créé une tour de 160 mètres de haut, formée d'un socle sur lequel sont posés trois énormes parallélépipèdes. Le tout avec des parois réfléchissant le ciel. 

Quand ils se sont penchés sur le projet, ils se sont interrogés, raconte M. Plattner: "Quelle est l'architecture qui donnera un peu de sérénité, un peu d'apaisement, qui ne serait pas oppressante, intimidante? (...) Car on imagine tous ces drames qui se jouent au palais de justice: les gens dans l'attente, dans l'inquiétude, le stress".

Une équipe de 20 personnes a travaillé pendant 7 ans sur le tribunal. "Tout de suite, on a eu envie de détruire les symboles des anciens palais". Il décrit une justice "impressionnante" où, pour accéder au tribunal, "il vous faut d'abord monter des marches pour bien comprendre que vous êtes en bas et que la justice est bien supérieure à vous". 

"Les anciens palais ont tous été construits avec le même modèle: les marches et la colonnade, une salle des pas perdus sombre. Nous étions convaincus que ce n'était pas les symboles de la justice du XXIe siècle", raconte l'architecte. 

Au lieu du "decorum", il a voulu "un espace qui se caractérise par une qualité des ambiances, le silence, l'acoustique". M. Plattner évoque aussi "la sérénité des matériaux, le bois, la blancheur de l'enveloppe principale, la grande façade vitrée". "Vous êtes dans la salle des pas perdus et tout est clair, lumineux, un peu immatériel". 

- "Jardins suspendus" -

Le mot "transparence" revient sans cesse. On est dans le symbole: "Ce n'est pas un bâtiment où les choses se passent en cachette". 

En opposition à "l'enfermement des anciens palais", il a cherché à créer "une grande ouverture sur la ville". "Quand le magistrat descend de son bureau, il a vue sur Paris, il est lié à la ville", explique-t-il. 

Les architectes ont voulu créer des "conditions de calme" pour les magistrats, greffiers, personnels administratifs (etc) travaillant au tribunal. Ils ne travailleront plus à côté de la Sainte-Chapelle, mais auront accès à "des jardins suspendus", en terrasse, avec vue sur Montmartre et la Tour Eiffel. "Dans ces jardins, ils pourront réfléchir, méditer, se rencontrer".

A quelques mètres de là, ce n'est plus Paris, mais la banlieue. Le palais va "féconder ces quartiers", anticipe l'architecte. La zone est en chantier et devra attendre 2020 pour le prolongement de la ligne 14 du métro. 

Ce déménagement ne fait pas que des heureux: beaucoup d'avocats sont déjà nostalgiques du "vieux palais". "Je comprends l'inquiétude quand vous quittez un lieu auquel vous êtes attachés, qui a sa patine, son histoire. Mais il faut regarder vers l'avant. (...) On va vers quelque chose d'un autre siècle. Tout le monde n'écoute pas que Mozart et Bach, même chez les avocats!"

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