Toulon : un militaire exposé au plomb porte plainte pour faire reconnaître sa maladie professionnelle

Toulon : un militaire exposé au plomb porte plainte pour faire reconnaître sa maladie professionnelle
David Toulis, fusilier marin à la retraite, souffre de troubles neurologiques après avoir dirigé le centre de tir de la base navale (photo d'illustration).

Orange avec AFP, publié le mardi 01 août 2017 à 14h08

ARMÉE. Un sous-officier à la retraite a saisi le parquet militaire de Marseille pour que les troubles neurologiques dont il souffre soient reconnus comme maladie professionnelle.



David Toulis, ex-premier-maître des fusiliers marins sur la base navale de Toulon (Var), aujourd'hui retraité, a saisi lundi le parquet militaire de Marseille (Bouches-du-Rhône) pour "mise en danger de la vie d'autrui", révèle Le Parisien mardi 1er août. Dans son viseur : le préfet maritime et le commandant de la base navale de Toulon.



Cet ancien fusilier marin, âgé de 47 ans, a passé 25 ans dans la marine. Pendant des années, il a été exposé au plomb et au mercure. Il souffre aujourd'hui de troubles neurologiques et pulmonaires dus à une forte intoxication au plomb, selonLe Parisien. Des maux qu'il souhaite faire reconnaître comme maladie professionnelle.

TROP FORTE EXPOSITION AUX RÉSIDUS DE PLOMB

L'ancien sous-officier "a été longtemps moniteur de tir, avant d'être, de 2003 à 2015, le directeur du centre de tir de Malbousquet de la base navale", où les personnels viennent s'entraîner au tir sur armes légères. "Un lieu en caisson fermé qui a provoqué chez ce sous-officier, en janvier 2015, une plombémie de 212 microgrammes par litre de sang, alors que la moyenne autorisée haute est de 100 μg/l", précise le quotidien.

David Toulis explique avoir été exposé aux poussières de plomb des munitions et des produits de résidus de tir. En outre, "l'exposition aux résidus de tir provoque aussi la dispersion de bon nombre de produits chimiques comme le mercure ou du chlorure", note Le Parisien. "Des produits qui, sous l'influence de la chaleur et de la pression de l'explosion, se vaporisent ou dispersent de fines particules de plomb qui, faute d'une aération efficace, sont allés se fixer dans le corps de M. Toulis", dénoncent ses avocats, Me Philip de Lumley et Me Christophe Couturier, dans les colonnes du Parisien. Ils pointent aussi du doigt "la non-conformité du stand en matière de ventilation".

"JE N'AVAIS PLUS AUCUNE FORCE"

"Un jour, en ouvrant mon réfrigérateur, j'ai eu comme une faiblesse. Je n'arrivais pas à prendre un pot de compote ou à défaire le bouchon d'une bouteille d'eau. Je n'avais plus aucune force, habité d'une fatigue permanente qui n'était pas dans ma nature. C'est lors d'examens sanguins qu'on a découvert ma plombémie. Puis il y a ces troubles cutanés et pulmonaires en rapport avec l'exposition aux métaux lourds expulsés par les résidus de tir", raconte au quotidien David Toulis.

En outre, l'ancien militaire, désormais revenu à la vie civile, affirme avoir été sanctionné dès qu'il a commencé à évoquer ses troubles auprès de sa hiérarchie. "Quand j'ai voulu faire valoir mes droits pour une affection professionnelle, j'ai été mal noté du jour au lendemain", dénonce-t-il, affirmant avoir été "rayé des cadres de la marine" après 25 ans de carrière.

LA HIÉRARCHIE INFORMÉE DU DANGER ?

Pourtant, Le Parisien assure que la hiérarchie du plaignant avait connaissance du problème. "La marine nationale a publié une note le 15 décembre 2016 sur le risque de plombémie pour les utilisateurs du stand de tir de Malbousquet. Une note signée du même capitaine de vaisseau commandant la base navale de Toulon, qui a refusé de lui accorder 'la maladie professionnelle'", indique le quotidien.

Selon Le Parisien, qui dit avoir consulté ce texte, l'officier y affirme que le plomb des balles est un produit "cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction". Il y listerait aussi des consignes à respecter pour le directeur de tir : "Se laver les mains, rincer le visage, brosser les ongles (...), passer à la douche (...), laver le linge des tenues sur place".

"AUCUN SUIVI MÉDICAL DES PERSONNELS DES CENTRES DE TIR"

"Ces consignes sont intervenues après coup, argue David Toulis dans Le Parisien. Quand j'y étais, cela n'existait pas ! On respirait les nitrates des résidus de tir, l'antimoine, et il n'y avait aucun suivi médical des personnels des centres de tir". Une affirmation confirmée, toujours selon Le Parisien, par un mail du commandant adjoint de la base navale de Toulon, qui évoque "une faiblesse sur le suivi du personnel de la base exposé au risque de plombémie".

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