Thomas Pesquet repart dans l'espace à bord d'une capsule de Space X

Thomas Pesquet repart dans l'espace à bord d'une capsule de Space X
L'astronaute Thomas Pesquet, le 19 juin 2020.

, publié le samedi 01 août 2020 à 08h00

L'astronaute français décollera fin mars 2021 pour une nouvelle mission de six mois à bord de la Station spatiale internationale.

Nouveau départ dans l'espace en préparation pour Thomas Pesquet. L'astronaute français décollera fin mars 2021 pour une nouvelle aventure de six mois sur la Station spatiale internationale (ISS), la mission Alpha en référence à Alpha du Centaure, le système stellaire le plus proche de la Terre.

Il partira de Cap Canaveral en Floride avec un vaisseau américain, la nouvelle capsule Crew Dragon de Space X, et trois autres membres d'équipage. 

"J'aurai la chance d'être le premier Européen à voler sur ce véhicule. C'est nouveau, c'est moderne... on est très enthousiastes !", a confié à l'AFP l'astronaute de l'Agence spatiale européenne (ESA), par téléphone depuis le Centre européen des astronautes à Cologne, où il s'entraîne.



Il y a trois ans, pour sa première mission "Proxima", le benjamin du corps européen des astronautes s'était envolé pour l'ISS avec une fusée russe Soyouz, depuis le cosmodrome Baïkonour, comme tous les pensionnaires de la Station depuis 2011. Un monopole russe auquel a mis fin le premier vol habité de la capsule privée de Space X, lancé en mai vers l'ISS avec deux astronautes de la Nasa. "On va réutiliser la même capsule que celle qui est actuellement à bord de la Station, c'est inédit ! C'est marrant de partir dans l'espace avec le même véhicule mais pas en même temps", se réjouit l'astronaute.

Dans l'usine de la société d'Elon Musk en Californie, il a déjà pu tester les simulateurs de Crew Dragon dans un cockpit futuriste, avec ses 100% de tablettes tactiles. "Il ne reste plus qu'à installer l'application 'lancement' sur les tablettes géantes", a-t-il tweeté, enthousiaste. "Il faut bouleverser ses habitudes... mais on est là pour s'adapter !", commente l'ingénieur et pilote de ligne. Chez Space X, "tout est au même endroit, le centre de contrôle, les personnes qui construisent la fusée.... On a immédiatement réponse aux questions", apprécie-t-il. 

Contrairement à Soyouz, un système "ancien mais fiable, qui tirait comme une horloge", cette nouvelle technologie en phase de développement implique un programme de vol "plus incertain", qui "nous a obligés à accélérer le reste de l'entraînement, calé sur un an au lieu de deux et demie". La crise du Covid-19 a aussi chamboulé le calendrier, et les déplacements sont réduits - son entraînement au Japon n'aura lieu qu'en virtuel. A Houston (Texas), l'entraînement au centre de la Nasa s'est fait "avec précaution : masque chirurgical, marquages au sol, distanciation... On ne veut pas prendre le risque d'infecter les équipages", explique Thomas Pesquet. "D'habitude à la Nasa il y a beaucoup de monde, mais là, on est la plupart du temps seuls avec l'instructeur. Ca fait drôle mais globalement ça se passe bien", ajoute-t-il.

A bord du "Dragon", l'astronaute de 42 ans volera avec ses homologues américains Shane Kimbrough et Megan McArthur, ainsi que le Japonais Haki Kohoshide. Tous vétérans, comme lui. Sur l'ISS, ils rejoindront des Russes. "Je vais me retrouver avec trois ou quatre personnes avec qui j'ai déjà volé... C'est un peu la saison 2, avec les mêmes personnages". "Mais, comme dans une série sur Netflix, il faut raconter une autre histoire". Or l'ISS, qui va célébrer 20 ans de présence humaine dans l'espace, peut "manquer de nouveauté", concède-t-il. "On est un peu victimes de notre succès, le fait d'avoir réussi ce programme de manière sûre, avec des résultats scientifiques sur le long terme... Il n'y a plus vraiment de suspens, et dans un environnement où on a l'habitude de zapper, très rapidement on n'est plus sur le devant de la scène".

Qu'importe, car "on est là pour faire de la science", rappelle-t-il, et l'ISS "a encore de l'avenir". "On n'a clairement pas fait le tour de la recherche. C'est d'abord une étape nécessaire pour préparer des missions futures vers Mars ou la Lune", pour laquelle il est candidat - "comme tous mes collègues". "Et puis l'ISS, c'est un laboratoire donnant accès à des phénomènes scientifiques inaccessibles sur Terre à cause de la gravité", fait valoir Thomas Pesquet, qui embarquera en orbite des cellules souches de cerveau, pour étudier leur vieillissement accéléré dans l'espace. 

S'il a le temps après ses longues journées de travail, il souhaite continuer "à parler d'environnement" au public, comme il l'avait fait durant son premier séjour en partageant ses photos de la Terre vue de là-haut, via les réseaux sociaux. "Mais je ne vais pas ouvrir de compte Tik Tok !", certifie-t-il.

Le nom de la mission, "Alpha", qui a été choisi parmi plus de 27.000 propositions lors d'un concours de l'ESA, était aussi l'appellation d'origine de la Station spatiale internationale, dont il est toujours l'indicatif d'appel radio. Ce nom se réfère donc à Alpha du Centaure, le système stellaire le plus proche de la Terre, "là où se trouvent les premières exoplanètes, celles qu'on ira chercher le jour où la technologie le permettra". "C'est aussi la première lettre de l'alphabet grec, le symbole de l'excellence que nous visons", conclut Thomas Pesquet. 
 

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