Terrorisme : les centrales nucléaires ne sont pas suffisamment protégées, s'alarme Greenpeace

Terrorisme : les centrales nucléaires ne sont pas suffisamment protégées, s'alarme Greenpeace
La centrale nucléaire du Bugey à Saint-Vulbas (Ain), le 8 avril 2016.
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Orange avec AFP, publié le mardi 10 octobre 2017 à 08h36

SÉCURITÉ. Les experts de l'ONG de défense de l'environnement rendent mardi 10 octobre leur rapport sur la sécurité des centrales nucléaires françaises.

Les résultats sont alarmants.

Alors que la France est touchée par une vague d'attentats terroristes depuis plus de deux ans, Greenpeace s'est penché sur la sécurité du parc nucléaire dans l'Hexagone face au risque terroriste. L'ONG de défense de l'environnement a mandaté sept experts (trois Français, une Allemande, deux Britanniques et un Américain) afin "d'identifier les failles de sécurité et d'alerter les pouvoirs publics et EDF", qui exploite les 19 centrales françaises, sur "le danger que cela représente" en cas d'attaque terroriste, rapporte mardi 10 octobre Le Parisien.



D'après le quotidien, "les conclusions du rapport sont tellement alarmistes que les experts et Greenpeace, pourtant rompus aux hypothèses les plus inquiétantes ont décidé de ne rendre publique ce matin qu'une version expurgée des informations les plus sensibles". Seules sept copies de ce rapport sont remises mardi matin par le directeur général de Greenpeace France, Jean-François Julliard, à des hauts fonctionnaires en charge des questions de défense et sécurité au sein des institutions (ASN, IRSN et Cossen) et du gouvernement. Le chargé de campagne auprès de Greenpeace, Yannick Rousselet justifie cette décision en expliquant qu'il "s'agit d'alerter l'opinion et les pouvoirs publics, pas de donner des idées à des personnes mal intentionnées".

"DÉFICIT HISTORIQUE DE LA PROTECTION DES INSTALLATIONS"

Les experts concluent à un "déficit historique de la protection de nos installations", particulièrement celle des piscines de refroidissement. La France dispose de 62 piscines de refroidissement : une par réacteur (58), et 4 à La Hague, près de Cherbourg (Manche). "Contrairement aux huit réacteurs encore en fonctionnement en Allemagne, les piscines françaises sont toutes situées en dehors du bâtiment réacteur, bien moins protégées", explique Oda Becker, contributrice allemande du rapport. "Si leur fond est renforcé avec du béton armé et un revêtement étanche en acier, les structures qui les recouvrent tiennent davantage du hangar agricole que de l'édifice nucléaire", déplore de son côté Yannick Rousselet.

Le cas de la Hague, le plus grand centre de retraitement de déchets nucléaires au monde, interpelle tout particulièrement. "Comment un site aussi sensible peut-il faire l'objet d'aussi peu de protection ?", s'interrogent les experts. En effet, il n'y a pas de dispositif de sécurité particulier pour cette installation. "On y trouve autant de combustible usé entreposé dans les quatre piscines qu'il y a de combustible chargé ou en refroidissement dans les 58 réacteurs d'EDF", est-il détaillé dans le rapport.

"À l'époque du lancement du programme nucléaire français, l'attention a été portée uniquement sur le risque d'emballement du cœur du réacteur, explique Yves Marignac, un autre contributeur. L'évolution du risque terroriste en quarante ans change tout." Le problème est qu'en France aucune instance coordonnée n'existe sur la sécurité nucléaire. "Contrairement à d'autres pays, l'Autorité de sûreté nucléaire ne s'occupe que des questions de sécurité", reconnaît Pierre-Franck Chevet, son président.

QUELLES MESURES DE SÉCURITÉ ?

"Tous les moyens sont mis en œuvre et de manière coordonnée entre EDF et l'État pour assurer" la sécurité des 19 centrales, explique pourtant Philippe Sasseigne, directeur du parc nucléaire chez EDF dans les colonnes du Parisien. "Nous travaillons avec les services du haut fonctionnaire de défense et de sécurité au ministère de la Transition écologique, détaille-t-il. En interne, si tout le personnel ne reçoit pas de formation spécifique, il est néanmoins sensibilisé au risque de malveillance ou d'attaque terroriste. Nous avons également du personnel formé et spécialement dédié à la surveillance (...) Enfin le peloton spécialisé de protection de la gendarmerie, avec un effectif d'un millier de gendarmes, assure une présence 24h sur 24 de l'ensemble des sites. Sans compter la surveillance de l'espace aérien ou le renseignement, assurés par la Défense".

M. Sasseigne explique par ailleurs que "plusieurs centaines de millions d'euros ont été dépensés ces trente dernières années pour améliorer la sécurité". EDF a également prévu d'investir 700 millions d'euros de plus d'ici à 2023, "aussi bien dans les effectifs que le matériel, comme l'éclairage, des clôtures, des caméras ou encore la pose de plots en béton contre les véhicules béliers".

Or, les experts estiment que le renforcement des 62 piscines de refroidissement et des 58 réacteurs coûterait "entre 140 et 222 milliards d'euros".

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