Terrorisme : le système d'alerte français est "obsolète", "contestable" et "défaillant", selon un rapport

Terrorisme : le système d'alerte français est "obsolète", "contestable" et "défaillant", selon un rapport
Un rapport sénatorial juge sévèrement le système national d'alerte des populations, notamment l'application pour prévenir d'un risque d'attentat. (Photo d'illustration)

Orange avec AFP, publié le lundi 07 août 2017 à 14h16

SÉCURITÉ - Le sénateur Les Républicains Jean-Pierre Vogel estime dans un rapport que le système d'alerte attentat doit être revu. Il souligne notamment les "défaillances" de l'application SAIP pour smartphone.

Alors que les attentats terroristes se sont multipliés en France ces deux dernières années, les Français sont-ils correctement alertés et informés en cas d'attaque ? "Non", répond le sénateur Jean-Pierre Vogel dans un rapport transmis ce week-end à plusieurs médias.

L'élu Les Républicains de la Sarthe dénonce un système "obsolète", "contestable" ou encore "défaillant". Que lui reproche-t-il exactement ?

• Une application peu efficace

Il cible notamment l'application SAIP (système d'alerte et d'information des populations) pour smartphone lancée par le ministère de l'Intérieur après les attaques jihadistes de novembre 2015. "Des défaillances nuisant à la fiabilité et à l'ergonomie de l'application subsistent encore aujourd'hui", souligne M. Vogel. Celle-ci a "été conçue dans l'urgence" à la suite des attentats du 13 novembre 2015 et mise en place avant l'Euro de foot en juin 2016, "ce qui a nui à la qualité du produit final".

L'efficacité de l'application a notamment été mise en cause après l'attentat de Nice le 14 juillet 2016 (86 morts). Le ministère de l'Intérieur avait reconnu que le premier message d'alerte avait été envoyé tardivement. Il avait en effet été lancé près de trois heures après les faits, alors que les autorités s'étaient engagés à transmettre l'information "dans les 15 minutes".

L'auteur du rapport reproche par ailleurs au système d'alerte de n'être disponible que sur certains téléphones. Le système "devait initialement reposer sur une solution technique permettant la diffusion, en toute circonstance, de SMS d'alerte et d'information, en liaison avec les opérateurs de téléphonie mobile", souligne-t-il.

• Des alertes SMS qui pourraient coûter cher

Le sénateur regrette par ailleurs que le recours au système de SMS, via la technologie Cell Broadcast, ne soit pas mise en place, comme c'est le cas aux États-Unis, en Chine, aux Pays-Bas ou en Espagne, selon Libération. En effet, alors que seulement 900.000 personnes ont téléchargé l'application SAIP sur leur smartphone, l'envoi de textos en cas d'attentats pourraient toucher beaucoup plus de monde.

Certainement plus efficace, ce système est en revanche beaucoup plus cher. En effet, alors que Jean-Pierre Vogel évoque un montant total de "plusieurs dizaines de millions d'euros", pour l'adaptation des équipements mobiles, l'application SAIP coûte 300.000 euros, selon Le Monde.

• Un réseau de sirènes obsolète

L'élu de la Sarthe reproche également aux autorités d'avoir privilégié le recours à un système d'alerte via "un réseau de sirènes devenu totalement obsolète", en y consacrant 80 % des crédits prévus sur un financement de 44,7 millions échelonné de 2012 à 2019 (36,8 millions d'euros doivent en outre être planifiés à partir de 2020). "Ce choix est contestable, les sirènes, initialement installées pour répondre au risque de bombardement aérien pendant la Guerre froide, n'étant aujourd'hui quasiment jamais utilisées dans d'autres contextes que ceux des essais hebdomadaires", écrit le sénateur dans ce rapport présenté fin juin à la commission des Finances.

Le sénateur appelle à une évaluation de l'ensemble de ces systèmes au cours des deux prochaines années. Interrogé par Le Monde, le ministère de l'Intérieur a assuré prévoir une "évaluation" de l'application SAIP, sans toutefois en annoncer la date.

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