Terrorisme : "l'année va être épouvantable", prévient le juge Trévidic

Terrorisme : "l'année va être épouvantable", prévient le juge Trévidic
Marc Trévidic au Palais de justice de Paris le 2 juillet 2015.

publié le vendredi 05 août 2016 à 10h26

- Interrogé par la télévision belge, l'ex-juge antiterroriste Marc Trévidic envisage les mois à venir avec beaucoup d'inquiétude et de pessimisme. Il revient aussi sur ses confrontations avec Adel Kermiche, l'un des terroristes de Saint-Étienne-du-Rouvray, qu'il avait mis en examen.

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L'ancien juge antiterroriste Marc Trévidic a accordé jeudi une interview à la RTBF, une chaîne francophone de la télévision belge. A quoi doit s'attendre la France dans les mois à venir ? Les prévisions de l'ancien magistrat sont particulièrement sombres. "L'année va être épouvantable jusqu'aux élections", prévient-il. A l'occasion de cette échéance électorale, la plus importante de la vie politique française, "la tentation va être trop grande de se concentrer sur la France pour l'État islamique", estime le juge. "Mon espérance à moyen terme, c'est l'essoufflement. On arrive à un tel degré d'horreur..." Sa phrase reste en suspens. Il n'imagine pas d'accalmie avant une dizaine d'années. "Oui, ça peut durer dix ans avant qu'on commence vraiment à respirer".

"IL AVAIT DANS SES YEUX LA PETITE LUEUR"

Pour la RTBF, Marc Trévidic revient aussi sur le cas d'Adel Kermiche, l'un des assaillants de l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray, à qui il avait été confronté plusieurs fois en tant que juge antiterroriste. "La première fois que je l'ai vu, il avait voulu partir en Syrie. Il venait tout juste d'être majeur pendant la garde à vue. Il s'entourait de personnes plus jeunes que lui. Il avait tenté de partir avec quelqu'un de 15 ans qui y était parvenu. Il était en contact avec beaucoup de jeunes filles plus jeunes pour qu'elles partent avec lui en Syrie. Elles n'avaient que 14,15 ou 16 ans maximum. Donc, il était dans l'immaturité la plus totale", se souvient le juge Trévidic.

Pour lui, le jeune homme était particulièrement déterminé à faire le jihad. "J'avais face à moi quelqu'un qui voulait à tout prix partir faire le jihad au sein de l'État islamique. Il avait dans ses yeux la petite lueur qui fait qu'on détecte qu'il ne reviendra pas en arrière. C'est très difficile à apprécier. C'est très subjectif parce qu'en face de vous, vous avez l'impression d'avoir un mur. Et là, il y avait ce mur-là."

Juge antiterroriste durant dix ans - en France un juge spécialisé change de poste après une décennie -, Marc Trévidic avait dû quitter sa fonction contre son gré. Depuis, il s'exprime régulièrement dans les médias sur le sujet et propose son expertise. "Il faut de nombreuses années pour commencer à voir et à repérer ceux qui sont dans la dissimulation des autres. Il y a des gens qui m'ont fait froid dans le dos. Une minorité mais il y en a cinq ou six qui m'inquiètent. (...) J'espère qu'ils ne sont pas encore sortis", s'alarme-t-il.

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