Terrorisme: continuer à vivre quand ses convictions ont été attaquées

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 Zineb El Rhazoui, journaliste à Charlie Hebdo, le 13 décembre 2016 à Paris

Zineb El Rhazoui, journaliste à Charlie Hebdo, le 13 décembre 2016 à Paris

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© AFP, Joël SAGET
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AFP, publié le dimanche 14 janvier 2018 à 10h53

Rescapés du terrorisme islamiste ou d'extrême droite, les uns poursuivent malgré la menace leur activité de journaliste ou de caricaturiste. D'autres, sans abjurer leurs convictions, ont choisi de tourner la page.

Une "conférence sur les victimes du terrorisme" réunissait ce samedi au Parlement danois à Copenhague des militants de la liberté d'expression ayant en commun d'avoir échappé ces dernières années aux balles des terroristes.

En présence de leurs gardes du corps et de policiers en uniforme, Zineb El Rhazoui, journaliste à Charlie Hebdo, Lars Vilks, caricaturiste suédois, et Patrick Piscot, ancien militant travailliste norvégien, ont raconté devant une centaine de personnes leur chemin de reconstruction après avoir échappé à une attaque.

En vacances au moment de l'attaque contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, Zineb El Rhazoui vit aujourd'hui sous surveillance constante. Et pourtant, la jeune femme de 35 ans juge plus impérieux que jamais de rester fidèle à son engagement.

"Nous sommes tous ciblés, aveuglement, et plus on sera nombreux à se taire, plus on mettra en danger les rares qui parleront, comme moi", explique-t-elle à l'AFP en marge de la conférence.   

"Plus on sera nombreux à parler, à défendre notre liberté, à refuser de renoncer à nos libertés et moins le danger sera ciblé et sera centralisé sur certaines personnes", ajoute-t-elle.

Le caricaturiste suédois Lars Vilks, bête noire des fondamentalistes depuis ses dessins du prophète Mahomet avec un corps de chien en 2007, juge lui qu'arrêter son activité ne changera rien.

"Si vous arrêtez, tout ce qui se passe autour ne s'arrêtera pas", explique ainsi celui qui a été visé par plusieurs attentats, dont le dernier en février 2015, lors d'une conférence autour du thème "Art, blasphème et liberté" dans la capitale danoise.

L'attentat a été commis par un jeune Dano-palestinien de 22 ans qui a tué deux personnes et blessé cinq policiers.

Le dessinateur entend ainsi continuer de s'adonner à ce que lui-même appelle cet "art transgressif" et à "résister".

- Changer de vie -

Mais continuer son combat n'est pas toujours aussi simple. 

Patrick Piscot n'avait que 18 ans lorsqu'il a assisté, le 22 juillet 2011, au massacre perpétré par l'extrémiste de droite Anders Behring Breivik qui avait ouvert le feu sur un rassemblement de jeunes travaillistes sur l'île d'Utøya, en Norvège, tuant 69 personnes. Il avait aussi fait exploser une bombe près du siège du gouvernement, faisant huit morts. 

Il a été condamné en août 2012 à 21 ans de prison, une peine susceptible d'être prolongée tant qu'il restera considéré comme dangereux.

"Si vous survivez à quelque chose, je crois que c'est votre responsabilité de le surpasser à votre manière, vous avez la clé de la façon dont vous voulez changer votre vie", explique, philosophe, le jeune homme aujourd'hui âgé de 24 ans. 

Patrick Piscot a décidé d'abandonner le militantisme politique.

"J'ai continué à participer à l'AUF [NDLR: la Ligue des jeunes travaillistes en Norvège] durant les trois semaines ou trois mois suivants le massacre mais c'est tout. Je voulais être moi-même", détaille-t-il. 

Lars Vilks, 71 ans, reconnaît qu'il serait parfois tentant de renoncer, tant sa vie a été bouleversée après la publication des caricatures du prophète qui avait immédiatement déclenché une vague de manifestations violentes au Moyen-Orient.

"A la manière d'un film [... ]vous devez planifier vos journées d'une certaine manière", explique-t-il. 

"Si j'ai oublié d'acheter du lait, je ne peux pas retourner l'acheter, je ne peux pas, dans la pratique, appeler les gardes du corps et dire 'Je veux acheter du lait'".

Zineb El Rhazoui, peu loquace sur ce sujet pour des questions de sécurité, assure-t-elle, ne se déplace plus non plus sans protection policière. 

Quand elle part fumer une cigarette, c'est jamais sans prévenir ses hommes de l'ombre qui la protège​nt.

Pour l'ambassadeur de France au Danemark, François Zimeray, l'essentiel est de ne pas s'enfermer dans le statut de victime.

"Je refuse de porter cette étiquette[...], c'est un statut transitoire", dit-il, lui aussi rescapé des attentats de Copenhague en 2015.

 
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