Tensions à l'IEP de Grenoble : enquête ouverte après la découverte d'affiches accusant deux professeurs d'islamophobie

Tensions à l'IEP de Grenoble : enquête ouverte après la découverte d'affiches accusant deux professeurs d'islamophobie
La ville de Grenoble.

, publié le dimanche 07 mars 2021 à 12h30

Selon l'un des professeurs accusés, "débattre de l'Islam est devenu impossible, l'ambiance est délétère." La direction de l'établissement a fermement condamné les collages ; une réunion de crise est prévue lundi. 

"Des fascistes dans nos amphis. Klaus K.

et Vincent T. Démission. L'islamophobie tue." Deux enseignants de Sciences Po, accusés d'islamophobie par l'Union syndicale, syndicat étudiant issu d'une scission avec l'Unef, ont découvert jeudi 4 mars leurs noms placardés sur les murs de cette grande école. Si les affiches ont été retirées dans la journée, des photos ont circulé sur les réseaux sociaux, reprises notamment par l'Unef. Klaus K. dénonce un climat délétère dans lequel il n'est plus possible de débattre sur l'islamophobie.



Le procureur de Grenoble Eric Vaillant a indiqué samedi avoir ouvert une enquête pour "injure publique envers un particulier par parole, écrit, image ou moyen de communication au public par voie électronique" et "dégradation ou détérioration légère de bien destiné à l'utilité ou la décoration publique par inscription, signe ou dessin". L'enquête a été confiée au commissariat de Grenoble.

Selon Karl K.,  agrégé d'allemand qui enseigne la civilisation et la langue allemandes depuis 25 ans à l'IEP de Grenoble, la polémique est née en décembre lorsqu'il rejoint un groupe de travail rassemblant enseignants et élèves, créé pour préparer la semaine de l'égalité et contre les discriminations dont le thème était cette année : "racisme, islamophobie et antisémitisme", a raconté l'enseignant à France Bleu Isère. "Je contestais dans la discussion avec mes étudiants cet alignement de ces trois termes dans une seule thématique", a-t-il expliqué. Selon lui, "l'immense majorité des cas de discrimination des musulmans aujourd'hui (et ces cas de discrimination existent, évidemment !), n'a que peu ou pas de rapport avec la religion mais relève du racisme pur et simple". 

Toujours selon Karl K., l'affaire rebondit en janvier quand des propos qu'il avait tenus au sein du groupe de travail, dont il a été exclu entre temps, sont repris et condamnés par l'Union syndicale de l'IEP. Le syndicat dénonce des propos "inacceptables" et "un discours ancré à l'extrême-droite". "Mes propos ont été retravaillés, tronqués, refabriqués à leur guise pour faire de moi un extrémiste de droite et un islamophobe", se défend le professeur d'allemand sur BFMTV


Un second professeur, Vincent T., maître de conférences en sciences politiques qui donne un cours sur l'Islam et les musulmans en France, est également pris pour cible après avoir apporté son soutien à son confrère. L'Union syndicale lance un appel à témoignages en direction des étudiants pour répertorier des "propos problématiques" qu'aurait pu tenir en cours Vincent T. et faire interdire son enseignement. Le professeur écrit alors un mail à ses étudiants, révélé par Le Parisien. Il demande "à tous les étudiants qui appartiennent au syndicat dit 'Union Syndicale' de quitter immédiatement (s)es cours et de ne jamais y remettre les pieds (...) Ma personne leur est tellement insupportable qu'ils sont prêts à mettre ma vie en danger". L'Union syndicale dépose alors une plainte pour discrimination syndicale et diffamation, une plainte rejetée par le parquet.

Les affiches ont été collées à la suite de ces événements. Le président de l'Union syndicale Thomas Mandroux dément toute implication de membres de son syndicat dans les collages.

"Il y a encore un ou deux ans, on pouvait discuter. Moi, je suis plutôt libéral. On n'était pas d'accord mais cela n'allait pas plus loin. Aujourd'hui, la liberté d'expression n'existe plus à Sciences Po. Quand on dit un mot qui ne plaît pas, on vous intimide, voire on lance une cabale contre vous. Débattre de l'Islam est devenu impossible. L'ambiance est délétère", dénonce Klaus K. sur France Bleu. S'il n'a pas déposé plainte, il explique "peut-être devoir le faire. Car, me traiter d'islamophobe est non seulement diffamatoire mais dangereux, quand on repense à ce qui est arrivé à Samuel Paty, dont le nom avait été jeté en pâture sur les réseaux sociaux". L'enseignant est actuellement en arrêt de travail.

La direction de l'IEP a adressé un mail à ses étudiants pour "condamner fermement" les collages. "Ce matin des affiches injurieuses et anonymes ont été placardées sur les murs de Sciences-po Grenoble qui attaquent, expressément, deux enseignants de l'établissement. Ces attaques abjectes sont inacceptables. Sciences-po Grenoble les condamne dans les termes les plus fermes", peut-on lire dans le message, révélé par Le Parisien. Une réunion de crise va être organisée lundi à Sciences Po Grenoble entre les professeurs.
 

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