Telegram, l'appli que les politiques veulent interdire, mais qu'ils utilisent

Telegram, l'appli que les politiques veulent interdire, mais qu'ils utilisent©Reuters

publié le mercredi 24 août 2016 à 19h56

Alors que Bernard Cazeneuve souhaite obtenir un nouveau statut européen pour les messageries cryptées, le Canard enchaîné révèle que plusieurs responsables politiques sont adeptes de ces outils. Telegram est le nouveau casse-tête des autorités.

Dans la foulée des attentats terroristes qui ont frappé l'Europe ces derniers mois, mardi 23 août, le ministre de l'Intérieur français et son homologue allemand ont demandé à la Commission européenne d'étudier "la possibilité d'un acte législatif" contraignant ces plateformes à partager leurs informations "que le siège juridique soit en Europe ou non". Par cette précision, les deux hommes ciblent clairement l'application de messagerie cryptée russe, très prisée par les djihadistes en raison de sa confidentialité. Bernard Cazeneuve espère ainsi pouvoir obtenir un accès aux contenus dans le cadre de dossiers liés au terrorisme.

Telegram plait aux membres de l'État islamique, car l'application garantit une protection des coordonnées GPS et un chiffrement des échanges. Une discrétion qui a aussi fait des adeptes au sein de la classe politique française selon des informations du Canard enchaîné qui publie cette semaine une liste des élus et membres du gouvernement qui utilisent la messagerie cryptée. Dans les rangs ministériels, on retrouve notamment le ministre de l'Économie Emmanuel Macron, le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas ou encore la secrétaire d'État chargée de l'Aide aux victimes Juliette Méadel. Trois hommes aux ambitions présidentielles sont aussi cités par le journal : François Fillon, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon. Un proche d'Alain Juppé, Gilles Boyer et le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, Frédéric Péchenard, sont des utilisateurs assidus. L'hebdomadaire satirique indique également que François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon ont téléchargé cet outil sur leurs téléphones.

En plus de ces grands noms de la politique française, le Canard enchaîné a constaté que plusieurs élus de l'Assemblée nationale se rendaient sur cette application. Du côté du PS, Olivier Dussopt, Patrice Prat, Eduardo Rihan Cypel et François Lamy apparaissent dans la liste. Chez les Républicains, Éric Ciotti, Thierry Mariani et Thierry Solère, l'organisateur de la primaire, ont également été convaincus par Telegram. On peut comprendre ce dernier puisqu'il aurait été espionné par la DGSE en 2012 sur demande de Claude Guéant qui était alors ministre de l'Intérieur. Une enquête préliminaire a été ouverte dans cette affaire. L'hebdomadaire cite aussi deux membres du FN parmi les adeptes de la messagerie cryptée : Wallerand de Saint-Just, le trésorier du parti, et Alain Vizir, le responsable de la communication de Marine Le Pen.

Ironie du sort, si Bernard Cazeneuve espère obtenir une nouvelle législation sur ces applications chiffrées, sa conseillère spéciale au ministère de l'Intérieur, Marie-Emmanuelle Assidon, figure parmi les personnalités répertoriées par le Canard enchaîné.

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