Déçus par le discours de Castaner, les pompiers en appellent à Macron

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Manifestation de pompiers à Belfort le 19 septembre 2019
Manifestation de pompiers à Belfort le 19 septembre 2019
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© AFP, SEBASTIEN BOZON

AFP, publié le dimanche 22 septembre 2019 à 07h55

Les pompiers n'ont pas caché leur déception samedi face à "l'absence de réponses concrètes" du ministre de l'Intérieur Christophe Castaner et en ont appelé à Emmanuel Macron pour réformer un système de secours "à bout de souffle".

Le communiqué de la Fédération nationale des sapeurs pompiers de France (FNSPF) est tombé samedi en début de soirée, quelques heures après la fin du congrès national de Vannes, le 126e de la profession, clôturé par Christophe Castaner.

Juste avant le ministre, le président de la fédération, Grégory Allione, inquiet pour ses troupes débordées face à "l'explosion" des appels au secours les plus divers (plus de 4,5 millions d'interventions par an au total), avait décrit un "système de secours d'urgence à bout de souffle" qu'il est "nécessaire de réformer rapidement" avec des mesures fortes.

Mais si le ministre "a partagé ce constat", les pompiers ont été "déçus" qu'il n'apporte guère d'"annonces concrètes en réponse à des attentes vieilles de plus de quinze ans", souligne la FNSPF qui représente les 247.000 sapeurs-pompiers de France.

Parmi ces revendications, l'instauration d'un numéro unique d'appel d'urgence 112, qui regroupe les numéros actuels 15 (samu), 17 (police) et 18 (pompiers), avec des centres d'appels départementaux communs.

La FNSPF est également favorable à l'instauration du numéro 116 117 pour les services médicaux non urgents. Une telle refonte permettra selon elle de mieux répartir les appels et de permettre aux pompiers, surchargés par les appels de toutes natures, de se concentrer sur les interventions cruciales.

Jeudi au congrès, un pompier du Val d'Oise avait ainsi expliqué que la veille, dans plus de la moitié de leurs interventions, les pompiers du département n'avaient pas ouvert leurs sacs de secours un seule fois.

"Cela pèse sur le moral des troupes, d'autant que 80% sont des volontaires, qui font souvent cela en plus de leur métier", explique Grégory Allione. "Ils sont prêts à se lever la nuit, à passer moins de temps avec leurs familles pour sauver des vies, mais c'est moins motivant si c'est pour faire le taxi pour les urgences à la place des ambulances", souligne-t-il.

- Arbitrage -

Selon nombre de responsables pompiers, cette refonte se heurte aux réticences du ministère de la Santé et des syndicats de médecins qui tiennent à garder le pouvoir décisionnel du Samu. Ce dernier sollicite souvent les pompiers pour conduire des patients aux urgences, en crise à force d'être encombrées faute notamment de médecins ou conseils médicaux de garde disponibles.

Sur ce point, la FNSPF demande à Emmanuel Macron d'arbitrer en faveur du ministère de l'Intérieur et de "donner les moyens" à M. Castaner "de modifier la loi de 1986 sur l'aide médicale urgente", pour confier clairement à Beauvau et aux pompiers "la gestion des urgences préhospitalières, que les sapeurs-pompiers assurent quotidiennement dans les territoires".

Elle demande également au gouvernement de "renforcer la sécurité des sapeurs-pompiers en intervention", un objectif affiché samedi comme une priorité par M. Castaner qui a confirmé le lancement "dans les prochaines semaines" d'une grande campagne de communication contre les agressions de pompiers.

Si elles restent limitées (cinq par jour sur 10.000 interventions), les incivilités voire les agressions contre les sapeurs-pompiers en intervention n'en ont pas moins triplé depuis dix ans, selon le ministère.

M. Castaner s'est de son côté félicité samedi des premiers résultats "positifs" de l'expérimentation des caméras-piétons sur les pompiers pour dissuader les agresseurs potentiels, et engagé à accroître la coopération avec les forces de l'ordre pour accompagner les pompiers lors des interventions jugées à risques.

La FNSPF demande également au gouvernement davantage de mesures concrètes (bonification retraite, aides fiscales "citoyennes" pour les entreprises employant des volontaires...) pour soutenir et préserver le volontariat.

Et elle l'invite à entendre les revendications, salariales et en matière de retraite notamment, des pompiers professionnels (16% des effectifs). En grève depuis fin juin, un mouvement pas toujours visible car ils sont astreints à un service minimum, ils déplorent eux aussi l'absence de réponse et prévoient une manifestation nationale le 15 octobre à Paris.

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