Dans la rue pour les retraites "mais pas seulement" : paroles de manifestants à Paris

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Faouzia, Grégory, Harold,  Claire, Wilfrid, Carine, Wahid, Paul, Georges, manifestants contre la réforme des retraites le 5 décembre à Paris
Faouzia, Grégory, Harold, Claire, Wilfrid, Carine, Wahid, Paul, Georges, manifestants contre la réforme des retraites le 5 décembre à Paris
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© AFP, Lionel BONAVENTURE

, publié le vendredi 06 décembre 2019 à 11h25

Prof, pompier, postier : parisiens ou d'ailleurs, ils ont défilé jeudi dans la capitale contre la réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron, mais aussi pour exprimer un mal-être global sur la dégradation de leurs conditions de travail.

"Pour qu'on soit reconnus"

Claire, 32 ans, pompier dans les Alpes-Maritimes

Si je manifeste aujourd'hui, c'est pour qu'on soit reconnus comme une profession à risque, ce qui changerait nos conditions de retraite. On souhaite aussi plus d'effectifs, car ils ne font que baisser. Et comme les médecins quittent les campagnes, il devient de plus en plus difficile de faire appel à SOS Médecins par exemple, alors c'est nous qu'on appelle.

Aujourd'hui, quand on porte secours aux victimes, 80% de nos interventions sont pour des problèmes qui ne devraient pas être de notre ressort. Dans ces cas là, on envoie les gens aux urgences, ce qui engorge ces services aussi.

"On proteste contre un tout"

Romain Rozat, 37 ans, prof de maths en lycée à Paris

Cette réforme des retraites est le déclencheur qui nous pousse dans la rue, mais on proteste contre un tout. En premier lieu, la réforme des programmes de l'année dernière, qui n'est toujours pas passée. C'est la catastrophe pour les élèves : en spécialité mathématiques, il n'y a plus de choix de difficulté. Ça veut dire que tous les élèves doivent suivre des cours de niveau S, et même plus. Et comme ils savent que la sélection se fait par les mathématiques, ils sont nombreux à se sentir obligés de prendre cette option.

Le problème, c'est qu'avec les modalités de contrôle continu qui sont en place, ils vont avoir un mauvais dossier pour accéder à l'enseignement supérieur. On ne peut pas faire grand chose, puisqu'il y a une baisse de la dotation horaire, et plus de demi groupes. Résultat, on regarde les élèves se noyer avec l'impression d'être un boucher.

"Contre la réforme, mais pas seulement"

Serge Wattelet, 59 ans, postier à Sartrouville

Je manifeste contre la réforme des retraites, mais pas seulement. Nous avons vécu un bouleversement de notre métier. J'étais heureux et fier de rentrer à La Poste en 1982, mais c'est de moins en moins une fierté d'être postier.

Aujourd'hui, ce n'est plus un service public. On travaille beaucoup avec des précaires et la qualité s'en ressent. Avant, on préparait sa tournée de courrier, et on le distribuait. Aujourd'hui, les tâches sont séparées et mécanisées, on a l'impression qu'on nous confisque notre métier. Et avec la répétition des mêmes gestes, on voit apparaître des problèmes de santé.

"Pour montrer la pénibilité de mon métier"

Wahid Chouchane, 29 ans, technicien Enedis à Paris

Quand j'ai signé mon contrat, je devais partir à la retraite à 55 ans. Aujourd'hui, c'est 62 ans. Mais dans mon métier, on ne connait pas les intempéries ! Qu'il grêle, qu'il vente, qu'il neige, on va dans la boue, dans les champs, pour réparer les lignes électriques. La seule chose qui peut nous arrêter, c'est la foudre.

Dans l'agence où je travaillais avant, trois de mes collègues les plus âgés sont décédés avant d'avoir atteint l'âge de la retraite. C'est pour ça que je manifeste, pour montrer la pénibilité de mon métier, c'est usant. Mais ceux qui nous dirigent ne connaissent pas la valeur du travail et de l'argent, ils n'ont pas les mains dans la merde comme nous.

"Pour notre droit à manifester"

Harold Herrou, 25 ans, kinésithérapeute à Nantes

Je suis venu avec mon maillot (du FC Nantes) car les policiers m'ont pris mon gilet jaune quand je manifestais la semaine dernière. Aujourd'hui je ne manifeste pas que pour les retraites mais aussi pour les pompiers, les infirmières, pour les gens qui dorment dans la rue alors que l'évasion fiscale bat son plein. C'est aussi pour notre droit à manifester, et parce que dans mon entourage, les gens ne se sentent pas concernés.

"Nos anciens se sont battus"

Georges Miath, 56 ans, salarié d'une société d'ascenseurs à Paris

Je défile pour défendre nos conditions de vie qui se dégradent. Entre la compression de la masse salariale et le manque de personnel, on nous demande de faire plus avec moins, on n'est pas récompensé. Et pendant ce temps, le coût de la vie augmente !

Nos anciens se sont battus pour qu'on ait des meilleures conditions de vie, du sang a coulé mais tout se délite : par respect pour eux, et pour garantir un meilleur avenir à nos enfants, on se doit d'être là. Sinon, à quel âge partiront-ils à la retraite, 70, 75 ans ?

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