Suspension du vaccin AstraZeneca : le sérum défendu par des spécialistes français

Suspension du vaccin AstraZeneca : le sérum défendu par des spécialistes français
Un flacon de 10 doses du vaccin Astrazeneca.

, publié le vendredi 12 mars 2021 à 09h24

Selon le Pr Rémi Salomon, président de la commission médicale de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), les chiffres des cas de thromboses après la vaccination avec AstraZeneca ne sont pas supérieurs à ceux de la population générale.

Le vaccin d'AstraZeneca suscite de plus en plus de méfiance.

Le recours au sérum a en effet été suspendu jeudi 11 mars par le Danemark. L'Islande et la Norvège lui ont rapidement emboîté le pas. En cause ? Des "cas graves de formation de caillots sanguins chez des personnes vaccinées", même si "à l'heure actuelle, on ne peut pas conclure à l'existence d'un lien entre le vaccin et les caillots sanguins", a fait savoir l'Agence nationale danoise de la Santé.  



En France, le ministre de la Santé Olivier Véran a affirmé qu'il n'y avait pas lieu de suspendre les injections du vaccin à ce stade. "Le bénéfice apporté par la vaccination est jugé supérieur au risque à ce stade", a-t-il précisé.

Un message "brouillé"

"L'agence européenne du médicament a recensé hier sur 5 millions de vaccinations, 30 cas d'accidents thrombo-emboliques, c'est à dire des caillots, une phlébite. Les cas les plus graves peuvent être le décès, il y a d'ailleurs eu un ou deux cas d'embolie pulmonaire", a commenté vendredi 12 mars au micro de Franceinfo le Pr Rémi Salomon, président de la commission médicale de l'AP-HP. "30 cas sur 5 millions de vaccinés, c'est une fréquence que l'on retrouve à peu près dans la population générale. Il n'y a pas de surreprésentation de ces problèmes de caillots. Au regard de l'intérêt de la vaccination il est curieux que ces pays aient arrêté (la vaccination avec AstraZeneca). Il aurait pu y avoir une concertation avec les pays européens, car ça brouille un peu le message", regrette le Pr Salomon pour qui il faudra définir si ces victimes de thrombose présentaient ou non des facteurs de risques.

"Un pays comme le Royaume-Uni, qui a utilisé massivement l'AstraZeneca, n'a rien observé de suspect, ou pas grand-chose. Alors qu'ils ont un système de pharmacovigilance excellent, et très réactif. Les Anglais ont vacciné beaucoup plus que le Danemark, la Norvège et l'Islande réunis, et pourtant ils n'ont pas vu apparaître ce signal : c'est un premier constat à faire", avance également pour LCI le professeur de pharmacologie Bernard Bégaud, qui reconnaît tout de même "un signal fort" qui ne doit pas être négligé".

Même constat pour l'infectiologue Jean-Daniel Lelièvre, également invité de Franceinfo ce vendredi. "Cette décision est très étonnante. Avec ce vaccin, il y a un bénéfice très clair qui a été démontré en vie réelle pour un risque qui, pour l'instant, n'est pas connu. On a décrit ces phénomènes de thrombose. Pour autant, ils sont très rares et aucun lien avec le vaccin n'a été mis en place. On est au delà du principe de précaution", a-t-il déclaré.




"Le taux d'incidence continue de monter"

Ce sont plutôt les retards pris dans la campagne de vaccination qui inquiètent le Pr Salomon. Considérant les chiffres de la vaccination aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, Rémi Salomon observe que "l'Europe a pris du retard". Et alors qu'Olivier Véran a indiqué lors de sa conférence de presse que la France pourrait recevoir moins de doses que prévu ces trois prochaines semaines, le spécialiste demande "des mesures pour ralentir la circulation du virus. C'est un impératif aujourd'hui, au moins dans trois régions de France", à savoir l'Ile-de-France, les Hauts-de-France et la région PACA. Concernant le nombre de patients en réanimation, "on est arrivé aujourd'hui au pic de la deuxième vague, mais le taux d'incidence était en train de baisser déjà depuis plusieurs jours (...) Aujourd'hui, nous ne sommes pas du tout dans cette situation, le taux d'incidence continue de monter".  

 

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