Sous contrôle judiciaire, une jihadiste française est repartie en Syrie

Sous contrôle judiciaire, une jihadiste française est repartie en Syrie
Daraa en Syrie le 22 janvier 2017.

Orange avec AFP, publié le samedi 28 janvier 2017 à 17h16

FAIT-DIVERS- Mise en examen après un premier séjour en Syrie en 2015, Sonia B. serait repartie en zone irako-syrienne et fait l'objet d'un mandat d'arrêt depuis le 18 novembre.

Sonia B., une jeune Française de 23 ans originaire de Saint-Étienne (Loire), était partie une première fois en Syrie en mars 2015 pour rejoindre les rangs du groupe État islamique (EI).

"Elle a travaillé pour l'organisation terroriste Daesh pendant trois mois. Elle s'est mariée avec un combattant étranger haut placé du groupe", avait à l'époque relaté à l'AFP un responsable turc sous couvert d'anonymat.

La jeune Française s'était ensuite séparée de son mari et avait été incarcérée dans une prison de l'EI. Ils la soupçonnaient d'être une espionne. Une fois remise en liberté, elle avait réussi à gagner la Turquie où elle avait été interpellée en juin 2015, selon ce responsable. À l'époque elle regrettait cet épisode de sa vie. "Là-bas, je me suis dit : 'Qu'est-ce que j'ai fait de venir ici?'", disait-elle, en larmes, au micro de BFMTV.

Renvoyée en France, elle avait été mise en examen à Paris le 27 juin 2015 pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et placée sous contrôle judiciaire. Un statut qu'elle vivait mal. "On nous enlève tout, on perd tout. C'est pire qu'avant", dénonçait-elle auprès de la chaîne d'information. Dans le cadre de ce contrôle judiciaire, elle devait notamment pointer une fois par semaine au commissariat et avait l'interdiction de quitter le territoire. Or, les investigations laissent à penser qu'elle est repartie en zone irako-syrienne début novembre. Un mandat d'arrêt a été délivré le 18 novembre à son encontre, a précisé une source proche de l'enquête.



CONTRÔLÉE AVEC D'AUTRES PAPIERS

Une hypothèse qu'a confirmé la journaliste de RMC Céline Martelet. La jeune femme lui aurait assuré via Skype vendredi 27 janvier que ses problèmes pour retrouver une place dans la société française ainsi que le poids des contraintes judiciaires l'avaient poussé à repartir en Syrie. Un départ possible alors même qu'elle n'avait plus de papiers. Elle a tout simplement pris les papiers d'une autre. "J'ai été contrôlée plusieurs fois mais apparemment, elle me ressemblait", a-t-elle expliqué. Elle aurait pris l'avion dans un autre pays européen avant de rejoindre la Syrie avec une escale en Turquie.

Cette-fois elle n'a pas rejoint Daech, mais un groupe affilé à Al Qaïda, dirigé par l'un des principaux recruteurs de jihadistes français, Omar Omsen. L'homme "est très connu des services de renseignement français", assure Céline Martelet. "Elle considérait qu'il y avait trop de Français au sein de l'EI en Syrie et accusait ces derniers d'avoir importé leur mentalité des 'cités' et de détourner le projet initial. Elle a un temps pensé rejoindre la branche de l'EI en Libye, mais comme le groupe n'existe presque plus...", a précisé à L'Express David Thomson, journaliste spécialiste des questions jihadistes, qui l'a interrogé à plusieurs reprises durant un an.

DÉÇUE MAIS PAS REPENTIE

"Le cas de Sonia est l'illustration parfaite du phénomène des Français de retour du djihad: la majorité reviennent déçus, mais pas repentis. Il illustre aussi les failles administratives dans le suivi de ces individus. Sonia n'était pas incarcérée alors qu'elle avait gardé ses convictions djihadistes", souligne le journaliste. La jeune femme lui aurait d'ailleurs confié que les attentats de "Charlie Hebdo" constituaient "le plus beau jour de sa vie".

Néanmoins, pour l'anthropologue Dounia Bouzar, qui suivait la jeune femme via son Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI), Sonia était déradicalisée. "Lorsqu'elle est rentrée et qu'elle est venue vers moi, elle était déjà déradicalisée [...] Elle est partie parce qu'elle n'avait pas d'avenir ici. Son nom avait été jeté en pâture dans la presse", a-t-elle confié au Figaro, mais également à BFMTV. Elle est repartie pour ne pas "finir clocharde en France" et parce qu'elle "ne trouvait pas de travail", selon elle.

À la journaliste de BFMTV, elle a par ailleurs assuré qu'elle ne voulait plus jamais rentrer en France. Elle ne menace pas non plus l'Hexagone d'un attentat. Sa seule cible, assure-t-elle, c'est Bachar al-Assad.

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